D'avoir osé choquer Gaston
Prince en sagesse un vrai Caton,
En valeur un autre Alexandre
Était-ce à toi de Tentreprendret {Mazarinade.)
C'est en ces termes, sans doute, que Mademoiselle eût voulu que Van parlât de son père.
lumières. Mademoiselle , plus que toute autre intéressée à la gloire de Monsieur , lui offrait de bons a^s et des mémoires. Le moine ne voulut ni des uns ni des autres, et reçut fort mal Tambassadeur. Il savait très-bien ce qull avait à dire et n*en devait compte à personne. Segrais revient et raconte son entrevue à Mademoiselle qui fut fort surprise du compliment du moine à Son Altesse. On fut donc obligé de laisser le moine prononcer le discours de sa façon, mais quel discours! Mademoiselle en fut scandalisée. II. n'y disait rien de la naissance de Gaston, rien de sa première femme, mère de Madenioiselle , rien de Henri IV, aïeul de Mademoiselle. En revanche, il maltraitait le roi d'Espagne et M. le Prince. A tout cela, Madame ne trouva rien à redire, et à tous les reproches adressés au malencontreux prédicateur, elle répondait sans s'émouvoir : « Je ne me soucie guère de ce que l'on dira; c'est un saint. » Mademoiselle n'en disconvenait pas ; mais elle eût voulu que Madame lui conseillât de prier tout le reste de sa vie et de ne jamais prêcher.
La mort de Gaston avait laissé sa fille unique maîtresse du Luxembourg. Elle y revint régner en souveraine (1660). Souvent elle réunissait chez elle plusieurs des beaux esprits de Paris, et c'était pour ces réunions un peu trop dans le goût précieux, il faut Favouer, que Segrais composait ces madrigaux et sonnets , œuvres légères, bien faites pour les succès de salon. Heureux l'hôtel du Luxembourg s'il n'eût jamais entendu de petits vers pires que les siens! Mais Mademoiselle les aime « de quelque nature qu'ils soient, » et à ce titre, sans doute, elle écoule volontiers ceux de Cotin. Le galant abbé admis dans la société intime des duchesses de Rohan, de Nemours, de Longueville, des ducs de Montausier et de Saint-Aignan , était reçu familièrement chez Mademoiselle, qui l'appelait son ami, son ancien. C'était là pour Gotin une marque de grande faveur, et Cotin en concluait la grandeur 4e son mérite. A vrai dire, les jugements de quelques-uns
de ses contemporains l'aidaient à se faire oeUe illosion. En 1662, Chapelain, le roi des critiques, déclarait qu'il éarivaît en prose et en vers facilement, purement, éloquemment. Boiieau ne fut pas de cet avis ; on le vit bien à ses satires (1666), et ce fut avec la guerre déjà déclarée par Ménage à Cotin, la première atteinte grave portée à une si belle réputation. Mais le plus rude coup ne lui avait pas encore été donné. Molière se le réservait, et ce fut son coup de grâce. Un jour Cotin s'était présenté au Luxembourg avec une pièce nouvelle adressée à la duchesse de Nemours : grande joie dans le cercle de Mademoiselle. C'était le sonnet devenu fameux de la fièvre : « Votre prudence est endormie.... » Mademoiselle le goûta fort ; et Ménage venant à entrer, elle voulut qu'on le lui lût sans nommer l'auteur. Ménage, pris au piège et trahi par son goût, comme le maréchal de Grammont avec Louis XIV, les déclara détestables ; on sait le reste.... Quelle contenance gardait Segrais pendant cette singulière dispute? si Cotin est l'ami de Mademoiselle, Ménage est le sien, et Ménage fut traité durement par le glorieux abbé. Mais le pis fut pour lui d'être entraîné dans sa disgrâce, et immolé comme lui au rire du parterre par l'impitoyable auteur des Femmes savantes. C'était payer cher un moment de franchise, et le trop sincère Alceste s'en était tiré à meilleur compte. Il est encore plus aisé de satisfaire à un auteur vaniteux et piqué, que d'apaiser le bon goût indigné d'un Molière. On répond à un cartel, on s'accommode ; mais les châtiments que Molière inflige et ses railleries durent éternellement. Excellente leçon à laquelle Segrais eût applaudi de toute la gaieté de son cœur, si elle n'avait, en même temps qu'un mâchant poète, atteint le meilleur de ses amis.
Cette petite comédie du Luxembourg a l'avantage ici de nous rappeler l'entourage de Segrais chez Mademoiselle, et le mérite qu'il avait de ne pas succomber à cette contagion. Quand on voit Cotin loué par Chapelain, célébré, fêté dans