‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 37 sur 138 · Mot de Mine de Sévigné · texte numérisé non relu

Mot de Mine de Sévigné

pur entêtement et faux point d'honneur. Mais la tendresse de Segrais pour sa patrie l'avait seule, je suppose, détourné de corriger sa prononciation. À partir de 1676, cette douceur du pays natal put régner sans partage dans son cœur. Segrais y revenait âgé de dix lustres complets, surchargés de trois ans, mais encore vert, et avec la dignité d'un vieil athlète qui, en se retirant de la carrière , y laisse une bonne renommée. C'était le vœu qu'il avait formé jadis au milieu de ses plus belles années à la cour. En 1658, il écrivait dans l'hymne à Mademoiselle :

L'Orne délicieuse arrose un saint bocage

Que Malherbe autrefois sur ce plaisant rivage

Planta de ses lauriers sur le Pinde cueillis,

Et dont est ombragé tout TEmpire des Lis.

Et moi, si je reviens de la longue carrière

Où Tardeur de quitter ht terrestre poussière

Emporte malgré moi mon vd audacieux,

Sur les illustres pas qui conduisent aux oieux :

Si j'aborde jamais la plage réclamée

Courbé sous le doux faix des rameaux dldumée,

le les destine encore à ce charmant séjour.

Ma célèbre patrie, et ma première amour.

I^, si des saints lauriers j'ose approcher ces palmes.

J'espère les voir croître» et sous leurs ombres calmes,

Le reste de mes jours en paix les cultivant,

Dans la voix des mortels laisser mon nom vivant.

Segrais voyait donc s'accomplir le rêve de sa jeunesse en retournant dans sa patrie. Il y avait commencé sa vie de poète, il voulait y terminer doucement ses jours.

Peu après son arrivée à Caen, il épousa une riche héritière, sa cousine (9 septembre 1676), Claude Acher, fille d'un seigneur de Ménilvilé. Agée elle-même (le contrat accuse quarante ans ou environ), et s'accommodant peu des grands seigneurs, celte dame ne voulut pas « des gens proportionnés à ses richesses, disant qu'ils la mépriseraient, et qu'elle aimait mieux son cousin*. » La fortune du poète ne devait

Page 1