Mercure galant y août
% Ftén du marquis Dangeau, lecteur du roi et académicien depuis 1662.
un livre de ses Géargiques qu'il a mis en vers français. » Les étrangers n'avaient pas toujours les honneurs des séances de l'académie. En 1680, un des professeurs du collège des jésuites de Gaen y lut une dissertation latine, dédiée à Segrais, « le père de l'académie de Gaen , l'ornement des belles-lettres et en particulier des lettres gracieuses. » Elle avait pour titre : « Les lettres profanes, les humanités doivent-elles rester étrangères aux ecclésiastiques. > Le choix du sujet faisait honneur au P. jésuite. Car s'il dédiait son œuvre à Segrais, sans aucun doute il résolvait la question par l'affirmative, et ne donnait pas dans ce paradoxe de l'abbé de Rancé que tt l'ignorance est une qualité nécessaire à un bon religieux. » Des dissertations de tout genre devaient être ainsi fréquemment soumiises au jugement de l'académie : elle réunissait Félite des professeurs de l'université et les plus distingués des jésuites, leurs rivaux, et n'était pas composée seulement de poètes, mais d'érudits versés dans toutes sortes de connaissances, grammaire, histoire, musique (que Segrais aimait tant, et sans succès), antiquités, langues orientales, jurisprudence.
Néanmoins , il était impossible qu'avec Segrais pour directeur la poésie n'y parût au premier rang. Segrais ne haïssait pas d'être estimé savant, mais avant tout il était poète. Les Muses étaient ses hôtesses , et près de lui coulait une Hippocrène. C'est là que lui-même allait puiser, quand il achevait sa traduction de Y Enéide, 1681, et entreprenait celle des Géorgiques. Le succès de sa première œuvre l'avait encouragé, et il voulut consacrer ses loisirs à lui donner (il l'espérait du moins) une digne sœur. Aux séances de Tacadémie, il lisait des morceaux détachés de son nouvel ouvrage, ou telle dissertation que la restitution du texte lui avait semblé rendre nécessaire. La mort du poète interrompit cette étude; mais on la reprit plus tard, et l'examen régulier de tout l'ouvrage inaugura les travaux de l'académie, reconstituée en 1 704, sous les auspices de l'intendant Foucault, protecteur.
Plusieurs fois, Segrais avait exprimé le désir que le lieu où l'académie se réunissait restât dans le même état après sa mort, avec les livres qui s'y trouvaient, et que la compagnie s'y assemblât toujours. Mais ses héritiers eurent seulement soin de recueillir ses biens , sans se soucier du vœu du poète d'être le bienfaiteur de l'académie, même après avoir cessé de vivre. De 1701 à 1704* les séances furent interrompues; mais le 21 janvier 1704, l'académie réorganisée tint sa première séance réglée chez M. de Groisilles, beau -frère de Segrais et directeur de la compagnie. M. Foucault en fit l'ouverture par un discours « fort étudié. » On y lut ensuite diverses pièces de prose et de vers, et entre autres, une épitapbe de Segrais qui eut et méritait en effet d'avoir les honneurs de cette solennité. On mit sur le tapis, dit un des académiciens, le P. Martin , sa traduction des GèorgiqueSy et on en examina les premières pages. Puis on décida de la distribuer entre plusieurs académiciens qui en feraient la critique en particulier et soumettraient leurs corrections au jugement de leurs confrères. L'académie voulait voir cette traduction aussi châtiée que possible, afin de rendre hommage, en l'imprimant, à la mémoire de son généreux protecteur.
. Revenons à la société des notables. Quelquefois Segrais et son académie se délassaient de leurs travaux dans de petites réunions d'un caractère tout familier. Aux séances solennelles étaient réservées les discussions importantes et les études sérieuses ; mais il y en avait d'intimes où Apollon et Cornus présidaient de compagnie. Segrais les terminait par un repas, égayé de lectures divertissantes, de couplets tour à tour railleurs (a) et bachiques. Aucune de ces pièces légères n'a été conservée. Je le regrette : il eût été intéressant de voir quelques-unes de ces poésies badines où la Muse anacréontique du vieux poêle se divertissait à huis clos, et d'en-