DES OUVRAGES DE SEGRAIS
Après l'histoire de la vie de Segrais, il reste à faire celle de son esprit. On a pu déjà entrevoir le lien étroit qui, chez lui, unit l'homme et l'auteur , et pressentir comment les diverses conditions où il se trouva placé, durent influer sur le caractère de ses écrits. Le jeune gentilhomme, d'abord poète d'assez franche et libre allure, vient en 1647, s'inspirer à Paris des théories raffinées de Thôtel de Rambouillet. Il ne change pas d'esprit, mais il donne un certain tour au sien et le met à la mode. Secrétaire de Mademoiselle, il vit au milieu de la Fronde et de la cour, et s'abandonne aux goûts de l'une et de l'autre; puis il va se recueillir dans un séjour champêtre qui l'aide à composer ses plus belles églogues. Plus tard , il s'éloigne d'une partie de la société où il s'était formé, et apprend auprès de Mme la Fayette à brûler, lui aussi, ce qu'il avait adoré. Enfin, retiré dans sa patrie, il y termine ses jours dans de studieux et poétiques loisirs. Le plan de cette étude critique ne fera guère que suivre ces diverses périodes de la vie de Segrais, et ses ouvrages seront examinés à peu près dans l'ordre où il les composa. Cet ordre est naturel et a l'avantage de marquer assez bien les progrès du talent de l'auteur 9 et son acheminement constant vers une saine maturité.