‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 55 sur 138 · Artamène. -* 2. Mémoires, t. lU, p · texte numérisé non relu

Artamène. -* 2. Mémoires, t. lU, p

Bn paatant, effaoe Ud long déplaisir.

Ce plaisir s'envole ;

Mais s'envole aussi

Ha plainte frivole

Et mon vain souci.

Ainsi s'en vont mes amours Âvecque mes plus beaux jours.

La plupart des chansons de Segrais sont pleines de finesse ou de sentiment, et méritaient que la cour eût plaisir à les chanter. Les jeunes gens y trouvaient l'image de leurs amours présentes, et les vieillards les fredonnaient avec tendresse, comme l'imagination caresse un agréable souvenir. Heureux privilège des poésiei^ nées du cœur! elles plaisent à tout âge, et la mode capricieuse ne peut rien contre elles. Un jour, un seigneur de Normandie, vieil ami de Segrais, lui écrivait en son langage : « De ce temps-là^ ayant eu le bonheur t d'avoir balle sous les rameaux, partout où l'ombre se trou* « vait bonne en été avec les Amarilles et les Titires, Thon- « ueur pour lors des bergeries et des bocages, il me semble « que c'était à Tair de la chanson même dont vous m'avez «c envoyé le refrain dans votre dernière lettre que j'ai mal- « heureusement perdue. C'est pourquoi je vous suplie de « tout mon cœur de me le renvoyer par la première que « vous m'écrirez, désirant en cette occasion voir ma contem-

< poraine cousine Philipes de la Bigne, et apprendre d'elle « toutes les paroles de la chanson, si elle s'en ressouvient, « afin de la chanter dans les accès de mon humeur solitaire,

< et en la chantant, pleurer amèrement la perte de ce temps « heureux qui ne reviendra jamais. Vous savez que je m'ac- « quite assez bien de mon devoir en cette occasion. Il me

< souvient aussi que vous m'avez renvoya à Mlle d'Outre- « laize pour avoir les vers que tous avez faits sur la mesure c de cette chanson. Mais n'ayant point eu le plaisir de la « voir depuis que j'ai reçu votre lettre^ c^est de vous de

c qui je les attendSi et à qui je les demande comme je fais « la continuation de votre chère amitié.

« Brucourt*. »

Ce bon vieillard n'eût pas été si touché des chansons de Segrais, s'il n'y avait trouvé que de froides douceurs à une Iris en Pair. *

C'était là cependant le défaut imposé par les mœurs du temps à la plupart des poésies légères. Quand les beaux esprits d'une société polie font ouvertement avec les dames commerce de petits vers amoureux, ils condamnent leur muse à l'expression d'une tendresse artificielle, toute en jeux d'esprit. L'amour vrai y est proscrit, avec ses aveux sincères et ses mouvements passionnés; et la galanterie précieuse qui implore la plus insignifiante faveur avec de feints transports^ et se plaint toujours d'attraits cruels, y est seule de mise. Mais qu'importe aux faiseurs de petits vers ? II leur faut avant tout rester à la mode, et la mode veut que l'honnête homme soit amoureux ou feigne de l'être ; fût-on poète sexagénaire plus froid que glace, il faut brûler. Dans ces conditionS| l'élégie naïve, passionnée, ne pouvait guère fleurir au dixseptième siècle. d'Urfé et la reine de Tendre pouvaient n'avoir pas fait grand tort au gracieux Anacréon, au spirituel Ovide ; mais leur Amour, ce « dieu de la propreté, de Tin* vention et de la galanterie * , » avait, à de très-rares exceptions, ruiné Properce et Tibulle. Mlle de Scudéry ne semble-t-elle pas l'avouer, quand elle compare ' la poésie galante de son temps à celle d'Anacr^on et non à l'élégie latine, trop profondément émue sans doute ?

Âmoar <fi(;tait les vers que soupimfc Tibulle. Rien de semblable chez les poètes enjoués du dix-septième

Page 1