‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 56 sur 138 · Clélie, Songe i^'ffésioiie · texte numérisé non relu

Clélie, Songe i^'ffésioiie

siècle, et leurs spirituelles galanteries rfoffrent rien à comparer à cette pièce de Ronsard :

Mignonne, allons voir si la rose. . . •

OU à ces vers de Passerai :

Aimons, mignonne, Contentons notre ardent désir. ... •

Il faut laisser de côté les élégies, sonnets, madrigaux du temps et lire les chansons, celles de Segrais par exemple, si Ton veut rencontrer des vers qui rappellent ces deux petits chefs-d'œuvre. La chanson, en effet, n'est pas une complimenteuse prodigue de spirituelles délicatesses, mais une interprète païve, et quelquefois même impunément indiscrète *. Tel est son caractère dans Segrais, et cette sincérité d'inspiration est une des qualités auxquelles il doit d'avoir surpassé en ce genre tous ses contemporains.

On retrouve dans les poésies légères quelque chose des mœurs et de la sociétédu temps : promenades aucours, «l'empire des œillades, >» horoscopes, mascarades et déguisements. Du reste, il n'était pas nécessaire qu'une dame se travestît en beau garçon pour être galantîsée des personnes même de son sexe. L'amour avait été ramené par les précieuses à Thonuête amitié, et à son tour l'amitié empruntait quelquefois à l'amour sa vivacité et ses délicatesses. Ainsi Mlle de Scudéry nous parle d'une jalousie d'amitié bien semblable à la jalousie des amants * , et Segrais écrit des vers pour une dame qu'une belle duchesse fait soupirer '. De même, je n'aurais pas été surpris que Mme de Sévigné demandât à Segrais, pour une discrétion perdue, de lui faire des vers à Mlle de Thianges, et que la marquise envoyât à sa jeune amie ce gracieux couplet :

Les cyprès D'ici près

1. Pages 295, 302, 303. — 2.Àrtamène, t. X, 2* vol., p. 408. 3. Ci. la Galerie des Portraits de Barthélémy, p. 541.

Soudain Ont fleuri de jasmin ; Toute chose Se change en rose,

Et les eaux De ces ruisseaux Sont de fleur d'orange Depuis le jour Qu'on voit Thyange Dans ce beau séjour.

Ces tendresses, quelquefois jalouses, n'en laissaient pas moins la carrière libre aux galants.

Pour Taimable comtesse (de Fiesquc^

Meurt tous les jours Quelque amant qu'elle laisse

Sans nul secours ; Et cependant la presse y est toujours.

Si elle part, que de regrets!

Marquise % en votre absence

Que deviendront Les jeux, les ris, la danse ?

Ils languiront; Hélas I je crois, hélas I qu'ils en mourront.

Ce n'était pas une flatterie. Mademoiselle lui rend malignement la môme justice : « Elle s'en alla demeurer au pays de son mari, ce qui fâcha toute la jeunesse de cette cour ; les plaisirs iBnirent quasi en même temps. » C'était bien une autre désolation quand Angennes de la Loupe portait ailleurs

ses charmes :

Titiste, timide et fâcheux Comme un enfant malheureux

Que sa mère abandonne', Amour, les larmes aux yeux.

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