‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 57 sur 138 · Gilonne d'Harcourt, veuve en 1640, du marquis de Piennes · texte numérisé non relu

Gilonne d'Harcourt, veuve en 1640, du marquis de Piennes

2. Dans la galerie de Segrais, la comtesse d'Olonne était renrésentéâ ayec Tare et le carquois. ^

Va criant en lous lieux :

D'Oionne, d'Olannel

Mais aussi pourquoi compter sur cette volage? ne lui avaiton pas donné celte devise : « Aûlant en emporte le vent? »

Segrais ne pouvait pas oublier Mademoiselle. La voici peinte en ange par Beaubrun (p. 280) et adorée des plus grands princes de la terre (p. 188, 184). Trop heureuse si le jeune roi lui avait rendu le même culte! Mais bien qu'il n'aimât pas les petites filles, la grande Mademoiselle le sédui*sait peu. Loin d'offrir de l'encens à l'héroïne de la Pronde> il l'exilait, elle et ses amies (les duchesses de Montbazpn, de Châlillon, les comtesses de Fiesque et de Frontenac)*. Le poète déplore ces rigueurs :

Jeune roi qui chassant nos beautés L'empire amoureux désertez, N'irritez point, pour plaire

A votre mère,

Celle de l'Amour^ Vous en aurez besoin un jour.

Quelle impression définitive les poètes légères laissentelles dans l'esprit? La plupart de ces pièces, vives, gracieuses, vrais bijoux^ pourraient être appelées, comme les Idillies de Yauquelin, «imagètes et petites tablettes de fantaisie d'amour.» Ce sont parfois des riens, mais des riens charmants ; des impressions peu profondes qui effleurent l'âme ets*effacent; mais on reconnaît toujours la louche d'un peintre délicat dans cette poésie qui, semblable à l'Amour voltigeant parmi les fleurs, se joue, papillonne et étale aux yeux de tendres et capricieuses couleurs. Telle est la Muse galante de Segrais, et telle elle devait être au goût des plus fins connaisseurs. Mlle de Scudéry a pu ne pas échapper à tous les travers, et

1. Bihl imp*^ Fondj £r.t 865. Cf. Lettres cie <j. Patin à Ch. Spon, 8 avril 1657. G. Patin aovs «p{a«B4 que sente Mm« de ChMiUon sortit de Paris.

donner de périlleux exemples. Mais il est une chose que nul, après avoir lu ses ouvrages et même la délte^ ne lui refu« sera : c'est le sentiment exquis des choses galantes et des délicatesses de l'esprit Ih bien, voici comment Sapho dé« finit le genre de poésie où Segrais s'est exercé jusqu'ici. Nous citerons le passage, comme le meilleur éloge à faire des pièces galantes de notre auteur .< On dirait même qu'elte songeait à lui en l'écrivant, tant il marque bien les qualités de ses vers et en fait pressentir les dé&uts : « Ce sera prin* dpalement en ce 8iècle*là qu'on verra un caractère particulier de la poésie galante et enjouée.... Elle tiendra plus de la poésie grecque que de la latine* Elle sera noble, naturelle, aisée, agréable ; elle raillera sans malice, elle louera sans grande exagération, elle blâmera quelquefois sans aigreur, elle sera ingénieusement badine et divertissante. Elle aura tantôt de la tendresse et tantôt de l'enjouement; elle souf-* fiiramôme de petits traits de morale délicatement touchés $ elle sera quelquefois pleine d'inventions agréables et d'ingénieuses feintes. On y mêlera l'esprit et l'amour tout en-> semble ; elle aura un certain air du monde qui la distinguera des autres poésies, et elle sera enfin la fleur de l'esprit de ceux qui y seront excellents. » (CW/te, t. VIII, p. 866.)

n. ODES.

Non content de tirer de gracieux accords de la lyre d'Ana* créon, Segrais avait voulu manier celle de Pindare. A peine Agé de vingt-deux ans, il avait composé trois odes : l'une célèbre le duc de LonguevillCi gouverneur de Normandie ; l'autre d'Enghien et Chapelain ; la troisième déplore la mort

du frère du comte de Fiesque, tué au fort de Mardik (1646). Enfin, en 1651, il s'inspire une dernière fois d'Érato pour « inciter » Ménage « d'aller en Suède. » On peut rapprocher de ces poésies un sonnet au duc de Nemours, dont l'accent est celui de l'ode, et l'hymne à Mademoiselle.

Une chose frappe d'abord dans l'ode au duc de Longue* ville* : c'est la confiante hardiesse de ce poëte presque enfant qui s'engage sans hésiter sur les pas de Pindare. Aussi devait-on s'attendre à le voir trébucher plus d'une fois. Pardonne à mon aveuglement, dit alors le poète au duc de Longueville :

Étant aussi jeune qulcare Puis-je avoir moins d'audace, ou plus de jugement?

Cet échec ne le découragea pas. Gomme il se sentait de la verve, il espéra que sa seconde hardiesse serait plus heureuse : elle le fut en effet. Gondé, en encourageant Segrais à chanter ses victoires, lui faisait au moins autant d'honneur qu'il en pouvait lui-même attendre d'un poëte encore novice ; mais Ghapelain avait tout à gagner aux hommages enthousiastes de ce gentilhomme normand qui l'invoquait dans sa foi naïve comme le Virgile de la France :

Applaudis à ma jeune audace, Inimitable Chapelain ; Guide mes pas, conduis ma main, Élève >moi sur le Parnasse.

Que désire ce fervent disciple? Il ne songe pas à donner un frère à la Pucelle : ce serait se flatter de pensers trop superbes. Son ambition est de faire dire à tout l'univers :

Qu'encore une fois TOrne a vu naître un Malherbe.

Mais pour atteindre à cette gloire, Ghapelain est-il un bon guide ? Nul n'enseignera lyiieux à composer un hymne « bien

1. Antérieure à 1647. Cf. le 66* vol. des Kiicellcmea de la Biblioth. de Caen.

concerté ; » car il est docteur en poétique, et lui-même se rend celte justice sans trop d'effort : « On passe volontiers par son avis pour la manière dont il se faut prendre à former le plan d'un ouvrage d'esprit, de quelque nature qu'il soit, ayant fait étude sur tous les genres, et son caractère étant plutôt de judicieux que de spirituel ; surtout il est candide ^... » Malheureusement les meilleurs préceptes ne suffisent pas à qui veut faire un beau poème. Le plan, le dessin^ le judicieux^ sont choses excellentes ; mais avec tout cela on risque fort d'écrire des odes coupables de trop de sagesse et de raison. Le bon poète doit être d'abord architecte, j'y consens, mais architecte à la fois sculpteur, décorateur et peintre, comme l'ÂpoUon de l'hymne à Mademoiselle. Ronsard, avant Chapelain, avait curieusement étudié V Architecture épique. Il savait même comment il faut, d'après Homère, faire c bouillir de l'eau en un chauderon, » et cependant Ronsard a fait la Frandade^ comme Chapelain la PuceUe. Telle eût été, je le crains bien, la Borbonide immortelle^ chantée par Segrais sous l'inspiration d'un tel précepteur.

Du reste, on se demande ce que pouvait apprendre de Chapelain le poète qui, à vingt-deux ans, écrivait ces vers :

Je chanterai ce grand jour de Rocroy Où son bras se fraya le chemin des conquêtes,

Où TEspagne par tant de morts De son fier Gérion vit les dernières têtes Tomber sous la vigueur de ses premiers efforts.

Par qui voit-on nos villes pleines

De leurs escadrons mutilés,

Et leurs régiments dépeuplés

De leurs plus sages capitaines ;

La délivrance des Germains, La Flandre sous le joug, l'Artois entre nos mains, Si loin de tous côt^ la frontière étendue, L'assurance de nos états,

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