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ne pouvait être trop soigneusement préparé. Aussi eat^^il annoncé comme s'il avait quelque chose de solennel. Yirgile s'était arrêté avec un religieux recueillement au seuil du sombre empire : Segraîs, avant de révéler de moins terriblés mystères, invoque l'Amour :
grand Dieu, doux tyran qui maîtrises mon âme, Amour, daigne en ce point réchauffer de ta flamme.
La société de la marquise avait dû applaudir aux délicats et ingénieux détours de cet amour précieux. Le bel air est de traîner les choses en longueur, et de donner à l'amoureux le temps de pousser le doux, le tendre, le passionné. « Tant plus le chemin est long en amour, tant plus un esprit délicat sent de plaisir. » (Pascal.) Celui des lecteurs de YAthis Tétait assez pour ne pas être rebuté de ces lenteurs aujourd'hui déplaisantes. Autre temps, autre goût; et encore sachons gré au poëte de n'avoir pas plus largement usé de la licence que lui donnaient ses contemporains. Isis laisse son berger languir trois ans. Mais Montausier ne fut-il pas treize ans le mourant de Julie? Mais Antiochus, dans Racine, ne dit-il pas à Bérénice :
Je me suis tu cinq ans,
Madame, et vais encor me taire plus longtemps.
Voici qui est plus fort. Mandane dit à sa confidente : < tu veux que j'écoute ses vœux, ... moi, qui ne pourrais pas me résoudre de souffrir la déclaration du plus grand prince de la terre après dix cms de services, de respects et de soumission! » Dix ans, la durée du siège de Troie I Heureux Athis, heureux les lecteurs modernes de n'avoir pas eu affaire à une Mandane. C'eût été à en mourir.
A partir du quatrième chaut» la situation de galante devient dramatique. Ardène a surpris le secret des deux amants. Tandis qu'ils s'oublient à de charmants propos, elle jure en son cœur de les ruiner. Ardente à la vengeance, elle court chez les parents d'Isis ; souple , officieuse , s'insinue au-
près d'eux, et, sons ie masque d'un faux rtte, se fait le geôlier de sa rivale. Isis va-t-elle au temple de Diane, à la chasse?
Ce dragon vigilant a toujours Tœil sur elle.
Bientôt même la nymphe, prisonnière dans son ch&teau,
Solitaire, gémit comme la tourterelle,
Quand veuve inconsolable, aux plus sombres forêts,
D'arbre en arbre elle va disant ses longs regrets.
Tant de maux n'étaient pas supportables. Aidée de Galis, noumce dévouée,
Et naturellement détestant l'injustice,
Isis compose un breuvage pour endormir son Argus, écrit un billet où elle donne un rendez-vous au berger, et remet ce précieux dépôt au fils dp Galis , le « simple et candide » Anas. Mais le perfide (qui n*eût été trompé par son air de simplicité?) court chez Marmion, où il trouve Ardène, et livre le billet à la bergère. Alors Ardène triomphante :
Vois, dit-elle, grand roi, le fruit de tes amours ; Découvre le rival qui fait qu'on te méprise, Et juge de l'objet dont ton àme est éprise.
Pour comble de perfidie, elle rend la lettre à Anas, et lui commande de la porter à Athis.
Va, lui dit-elle encor, berger, hâte tes pas. Pour tromper ces amants, qu'importe qu'ils espèrent. Si malgré ce qu'entre eux leurs flammes délibèrent. Par cent moyens divers, il est en mon pouvoir, D'irriter leur amour et tromper leur espoir.
Cependant, Marmion, exaspéré de cet outrage.
Ne conçoit dans son cœur que vengeance, que rage. Il résout à la fois d'employer le poison,
De poignarder Athis dans sa propre maiaon, D'embraser sa cabane, d'exterminer sa race.
C'est au premier carrefour de la forêt, la nuit des fêtes de Bacchus, que le rendez-vous a été marqué. Marmion, furieux, va se cacher dans le bois, près de la rive de l'Orne que le berger doit traverser, et là il attend son rival,
A dessein, s'il passait, de l'y faire égorger. Elle vint cependant cette heure désirée ; Partout fut de Bacchus la fête célébrée; Ce jour, l'astre du ciel de son char lumineux Ne vit sur l'horizon que festins et que jeux.
Le soir, le vin, la bonne chère ont assoupi tous les yeux. Nul ne veille, hors les deux amants; Ardène même, la vigilante, a senti l'effet du breuvage et dort. La nymphe profite de cet instant : tremblante, elle descend dans la cour du château, prévient les aboiements des dogues en leur faisant caresse, et s'échappe le cœur plein de trouble et de joie. De son côté, Athis, bien avant l'heure, se hâte de gagner le carrefour de la forêt :
De sa pauvre cabane il s'échappe aisément
Et vient au bord de l*Orne y chercher la nacelle
Qui tant de fois servit sa passion 6dèle.
Marmion l'a fait enfoncer sur l'autre rive, et, de l'embuscade où il le guette, il rit et prend un plaisir cruel aux plaintes du pauvre amant. Cependant
La lune vint blanchir les portes du matin. . • .
fortunés moments! ô plaisirs attendus, Qui vous a différés, souvent vous a perdus.
Remarquons ici la description des rives de l'Orne ; elle est si convenable au drame, qu'elle en devient elle-même pathétique. C'est l'art de Racine : le grand tragique ne décrit jamais pour décrire, mais pour émouvoir. Le poète ajoute ainsi aux personnages du drame un personnage muet, mais éloquent, dont la physionomie expressive interprète en quel-
que fa<|bn les sentiments de tous les autres, et concourt harmonieusement à Teffet général :
Le souffle impétueux des bruyants aquilons De toute sa rigueur affligeait nos vallons ; La neige dont la terre était toute couverte Cachait des hauts sapins la chevelure verte; Tous les arbres chenus, dans leur triste langueur, Semblaient par les frimas séchés jusques au cœur.
L'action va se dessiner sur ce « fonds d'agonie. » Athis est impatient de franchir le fleuve. Mais sans nacelle» que faire?
Le dieu d'Orne voyait endurcir ses deux bords, Et les glaçons épais, flottant dessus les ondes. Prêts à Temprisonner dans ses grottes profondes. La mort est apparente et le péril afireux.
Un instant il hésite ; mais
Que n*ose un jeune cœur sitôt qu'amour Tenflamme 1 Que la foudre et la mer grondent d'un affreux bruit, il se jette à la nage et fend les flots la nuit. Cruel à ses parents, sans égard pour lui-même, Sans songer que sa mort va tuer ce qu'il aime*.
Nouveau Léandre, Athis s'élance dans les flots,
De son agile bras écarte les glaçons,
insensible au froid qui le transperce. Déjà il touche à l'autre bord, et en fait craquer la glace sous ses pieds. Mais le tyran, outré de voir que sa haine et le fleuve sont impuissants à l'arrêter , saisit son arc et lui perce le sein d'une flèche. Malgré sa blessure, Athis se jette dans la forêt. Marmion l'y suit longtemps, l'arc tendu ; mais, apercevant à la lueur de la lune la trace du sang répandu sur la neige, il est saisi de remords et s'enfuit épouvanté.
Que fera cependant parmi ces solitudes, La nymphe abandonnée à ses inquiétudes?
Ohl qu'il est malaisé d'aimer et d'être heureux 1