‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 63 sur 138 · Cf., p · texte numérisé non relu

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un Tètement. Segraift se tient quitte à ce prix, et croit par là justifier assez le titre de son ouvrage.

Giterons-nous à l'appui de cette opinion, les théories bucoliques de Ménage, Tabbé Genêt, Dubos, FonteneUe, Lamotte! Toutes justifient cette conclusion, que le dix-septième siècle voyait dans la pastorale une mise en scène agréable, un ca-» dre commode, et rien de plus. Cet amalgame de sentiments raffinés et de langage bucolique, d*exquise politesse et de vie champêtre, ne le choquait nullement. Seuls quelques privilégiés, doués au milieu de leur siècle de Téternel bon goût de tous les temps, raillaient ces porte-houlette, beaux esprits aussi mal à propos enrubannés cpie leurs moutons. Mais le plus grand nombre applaudissait à Ourfé, quand il faisait k ses critiques ceUe méchante réponse. « Si nos paroles, dit Âstrée, étaient celles des bergers ordinaires, vous auriez aussi peu de plaisir à les écouter que nous aurions de honte à les redire. > Mais n*est-il pas invraisemblable d'entendre Ardène , Athis , de simples bergers , chanter leurs amours avec tant de délicatesse et de grâce ? Assurément, dira Dubos« Cette poésie était bonne pour les bergers de Virgile ; aujourd'hui encore les Italiens vont garder leurs moutons, « la guitare sur le dos ; » mais Tâpreté de nos climats, la misère de nos campagnes nous transportent bien loin de ces gracieuses images, et nos pasteurs modernes ne sont que des paysans. Où donc prendre avec vraisemblance les personnages des pastorales ? < Un jeune prince qui s'égare à la chasse, et qui seul ou bien avec un conQdent, parle de sa passion, et qui emprunte ses images et ses comparaisons des beautés rustiques, est un excellent personnage pour une idylle. » Si tel est le sentiment de l'éminent critique en 1719, que devait-on penser de la naïve pastorale en 1653, Tannée où paraissait le dernier volume du Cyrus?

Remercions donc Segrais d'avoir, malgré les préjugés contemporains, laissé parfois à son poëme une naïveté champêtre que les raffinements de l'amour précieux ne peuvent

en effacer entièrement. Il imite VAstrée', et tâche de faire à

peu près en vers ce que d'Urfé a fait en prose, mais il fait mieux et plus que lui. Il n'a pas de bergère, qui « ravie de se voir délivrée et de Timportunité d'un mari fâcheux, et de l'autorité paternelle, deux fardeaux bien pesants, » se jette « dans le grand monde*. » Mais il crée le personnage de Marcelet, ce berger si simple et d'une candeur vraiment pastorale. Où trouver aussi dans YAstrée un vif sentiment des beautés champêtres ? Delille raillait Voltaire de n'avoir pas mis un brin d'herbe dans la Henriade. On pourrait de môme demander à d'Urfé, ce qu'il a fait de la campagne, où il dit avoir placé ses personnages. La nature est absente de son roman ; chez Segrais, elle donne à presque toutes les scènes un fond de paysage ^ Auteur déjà de quelques poésies champêtres, Segrais ne pouvait se démentir à ce point dans ÀthiSf et corrompre, de gaîté de cœur, la beauté naive d'un genre où un génie particulier commençait à l'illustren

Au milieu de ces diverses peintures, l'auteur, sans y songer, s'est peint lui-même.

Mais toi, le plus puissant de tous les immortels, Dont j'ai si constamment encensé les autels, Grand Dieu, qui sur mon cœur, depuis que je respire. As presque toujours eu le souverain empire, Après t*avoîr donné les p(us beaux de mes jours, Amour, me pourras-tu dénier ton secours?

Auprès d'Athis , Segrais évoque les souvenirs de sa jeunesse. Il revoit et parcourt en idée les rives de l'Orne, où jadis il aima lui-même, et au prix de ce tranquille séjour, il dédaigne

Ces superbes palais dont les sombres tristesses La contrainte et la peur sont souvent les hôtesses ; Ces lambris éclatants, ces beaux lits où jamais Le repos innocent et la tranquille paix,

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