Préface d'Àlhis
ROMANS
CHAPITEB I.
BÉBÉmCE.
D'Urfé et ses imitateurs avaient, dès le commencement du siècle, mis les romans à la mode. Segrais voulut la suivre, et en février 1648 (le privilège est du 20 novembre 1647), entre l'illustre Bassa (1641) et le Cyrus (1649-53) il commença la publication du roman de Bérénice. L'ouvrage était dédié à la comtesse de Fiesque : < Bérénice vous appartient.... Nonseulement c'a été chez vous qu'elle a reçu la naissance, mais elle se glorifie encore que ç'ont été vos commandements qui la lui ont donnée. » Les défauts de son ouvrage ne lui échappent pas, mais il n'ose se justifier, cil me semble que je ne pouvais entreprendre d'excuser mes jeunesses sans en faire encore une plus grande.... Tout cela ne dirait pas que je vous donne Bérénice, et que je vous la donne par un pur mouvement de reconnaissance, et c'est seulement ce que j'ai à vous dire*. » Le roman de Segrais n'a que le titre de commun avec les deux tragédies de Racine et de P. Corneille*,
1 . Épttre liminaire. Huet rapporte à Tannée 1643 la publication en province du I** tome. Segrais avait alors dix-neuf ans.
2. Il y a une Bérénice de Thomas Corneille dont le sujet est tiré du Cyrus,
et saitf la mention faite à plusieurs reprises des galanteries de Titus pour Bérénice, il n'en rappelle en rien le sujet. Ce n'est pas d'eux qu'on aurait pu dire : invitus invitam dimisit» Car Bérénice aime Izatès, le bel inconnu du roman , et l'empereur la ramène de Syrie à Rome, presque à titre de captive et non d'amante. De la galère où il est monté, Titus aperçoit deux vaisseaux engagés dans un furieux combat. L'un est monté par Zénobie, âUe du roi d'Arménie, Mithridate, et l'autre par un tribun d'une des légions de Syrie, Pollion, son persécuteur. Titus offre son appui à la malheureuse princesse, et celle-ci lui récite ses infortunes. Ce récit est interrompu à l'arrivée de la flotte à Chypre. Là, le spirituel et coquet Démocarès divertit la compagnie du récit de ses aventures ; on revient ensuite à celles de Zénobie, puis on les quitte de nouveau. La double narration de Zénobie et de Démocarès s'entremêle aux galanteries de Titus pour Bérénice, aux amours de Bérénice et d'Izatès, et ce mélange confus rend l'ouvrage décousu et embarrassé. < Entre plusieurs tomes d'un roman, on en voit quelques-uns de trèsgros qui ne contiennent pas trois feuilles où il soit parlé du héros principale » La Bérénice est un peu de celte catégorielà. Toutefois on y remarque deux parties bien distinctes : 1* rhistoire tragique de Zénobie; 2<> les aventures galantes de Démocarès.
Zénobie aime Tiridale, frère de Vologèse, roi des Parlhes ; mais l'artificieux Pollion lui fait croire à l'infidélité du prince. D'abord elle veut se retirer dans le temple du soleil ; puis, de dépit, elle épouse Rhadamiste. Furieux de jalousie, Pollion' pousse l'ambitieux Rhadamiste à étouffer le père et la mère de Zénobie, afin de s'emparer de leurs États. Malgré ce double meurtre, Zénobie restait par devoir attachée à son