Cf. Annales f XIJ, ch. i., zj
2. .... Publica cura dedMcta ad Tiridatenf comiterque excepta, cultu regio habita est, (Annales , XII, u.) La Zénobie du romancier se pique de sentiments d'honneur encore plus délicats; elle rejette ces hommages. De môme Zénobie dans Tacite aime son mari (oh mariti caritatem) et n*aime pas Tiridate. Chez Segrais elle aime Tiridate, mais le devoir l'attache h Radamisthe. C'est Théroîsme de Pauline*
n'a pas eu le courage de préférer sa ruine à la vôtre ? — Tout beau, Tiridate ; apprenez que vous parlez & Zénobie.» Ces paroles sont un écho de Corneille. Sans doute on pourrait trouver avant Polyeucte, dans les romans, des situations analogues, où éclate la vertu des personnages au milieu des regrets d'une union où le libre choix et la tendresse n'ont pas présidé*; mais depuis Pauline, cet héroïsme revêtu par CoipQeiUe d'une beauté tout idéale, était devenu un lieu commun du grand roman. Les imaginations avaient été frappées d*un si sublime effort de vertu, et c'était à qui en parerait ses ouvrages. Après Segrais, Mlle de Scudéry s'en inspira. Mais comme si l'auteur de Bérénice eût été plus voisin de la source, l'héroïsme cornélien est chez lui plus sensible. La Zénobie de Segrais élève sa vertu à un degré suprême où n'atteint pas l'Amestris du Cyrus (a), et la grandeur de son âme n'a d'égale que celle de ses infortunes.
LepèredeRhadamiste, Pliarasmane, épris de sa belle-fille, cherche à la séduire. Comme la princesse est indignée d'un tel amour, Pharasmane répond à ces dédains en faisant assassiner son fils et rival. Rhadamiste expirant se trahie aux pieds de Zénobie et implore son pardon : « En souhaitant le trône, je ne l'ai pas connu, et je commence à voir, quoiqu'un peu tard pour en tirer quelque fruit, que bien difficilement on peut jouir avec douceur de ce qui s'acquiert par des voies illégitimes. Quand le ciel aurait permis que j'eusse possédé, sans être tourmenté de tant d'ennemis, toutes les félicités que je me promettais, que les cruels repentirs qui me dévorent m'auraient bien empêché de les goûter 1 » Le jour où Zénobie avait quitté Tiridate, afin de rejoindre son époux, Rhadamiste lui avait dit : « Vous êtes généreuse, belle Zénobie, vous venez rechercher un cruel qui vous assassine, Mais il me suffit pour me désespérer que, toute généreuse
1. CL Cùuts 4$ LiUér. draM^ de M. Saint-Marc Girardin, t. ni, p. 129,
que vous êtes , la vertu est toujours bien plus aimable que le crime. C'est ainsi qu'en toutes façons le bienheureux Tîridale doit triompher de moi, et qu'il en triomphe par des moyens contre lesquels je ne puis rien opposer. » A la non* velle de la mort de Rhadamiste (a), Tiridate pressa Zénobîe de lui laisser espérer sa main ; mais Zénobie ne le voulut point entendre , et lui fit ces nobles et touchants adieux : « Tandis qu'il me Ta été permis , je ne vous ai pas celé que mes inclinations penchaient entièrement de votre côté, et que, si le ciel l'avait souffert, je vous eusse préféré à tous les monarques de l'univers. Je sais avec cela les obligations que je vous ai, et je ne puis penser que vous conceviez d'assez injustes sentiments de moi pour croire que je sois une ingrate, et que tant de marques de vertu et de courage me trouvent insensible. Mais, seigneur, ces mêmes raisons qui m'attachent si puissamment à vous, sont les mêmes qui m'empêcheront de m'y donner. Je me connais, Tiridate ; je vois les maux que j'ai traînés partout; vous avez vu ceux que ma mauvaise destinée à attirés sur la famille dans laquelle les dieux m'ont fait naître, et vous voyez encore une partie de ceux qui ont accablé celle à laquelle j'ai été si étroitement jointe. Partout, seigneur, vous avez vu les marques des effets de mon malheur ; ces terres en sont encore ensanglantées, et celles d'Arménie fument encore du feu dont j'ai été l'origine. Après cela , seigneur, voudriezvous que pour remerctment des services que vous m'avez rendus, j'allasse vous faire un présent fatal?... Aidez à ma reconnaissance, et assurez-vous qu'elle n'aura jamais aucunes limites que celles que vous lui donnerez. »
Le roman de Segrais n'aurait pas assez diverti la gaie Gélonide, s'il n'avait eu d'autre mérite que la beauté des grands sentiments. Heureusement pour la comtesse de Piesque, la flottille alla se rafraîchir à Gliypre, voyage assez ordinaire aux héros de roman du dix-septième siècle. A Paphos les conversations galantes étaient de mise : Titus en
donne Texemple et explique < sa philosophie » à la petite cour qui l'environne. Cet entretien où Tempereur romain» nouvel HylasS fait profession d'inconstance, est un galant badinage plein de grâce et de délicatesse \ Après Titus, Démocarës divertit la compagnie. Ce Démocarès est malicieux, spirituel, cajoleur à toute épreuve; ennemi des molles langueurs, il prend l'amour gaiement, comme le Segrais des poésies légères, et même & l'occasion il rit de son martyre : c Quoique j'eusse fait tout ce qu'il fallait pour lui persuader que j'allais mourir, elle n'en voulut jamais rien croire. Elle jugea au contraire avec quelque raison que ma lettre n'était pas d'une personne qui fût proche de la mort. » Quelquefois les belles se moquent de sa vaste tendresse et le punissent de ses coquetteries. Ainsi , un jour , deux amies auxquelles a contait également fleurette, lui tendirent un piège. L'une d'elles, Junie, amenale beau diseur à lui jurer qu'il n'avait jamais aimé Cornélie ; puis aussitôt, ouvrant des rideaux qui cachaient la complice de sa supercherie : « Et bien, ma chère « amie, dit-elle, laquelle de nous doit ajouter foi aux cajole- « ries de Démocarès? — Je n'avais pas besoin de ce témoi- « gnage pour croire que ce doit être vous, reprit Cornélie (avec « une gaieté qu'elle voulait encore faire sembler plus grande « qu'elle ne l'était). Toutes sortes de raisons vous le persua- « dent : vous êtes la première à laquelle il s'est adressé ; non- « seulement il vous déclare qu'il voit en vous plus de mérite « et de charmes ; ils y sont en effet ; mais en vous en faisant la « déclaration en ma présence, il n'y a plus moyen de s'en « dédire. — C'est d'une façon, reprit Junîe, dont je ne puis « pas tirer un bien grand avantage ; car s'il me l'a déclaré « devant vous, il ne le croyait pas, et vous allez voir qu'il va € bientôt se dédire, » ajouta-t-elle se tournant vers moi qui étais dans la plus violente colère, et dans la plus grande confusion que je fus jamais. Mais ne s'en étomiant d'aucune ma-