Incendie de Aome, récit de la mort de Néron j etc
On pourrait détacher de la Bérénice plusieurs descriptions gracieuses, brillantes ou pittoresques^ à la louange du style de Segrais ^ Quand Tauteur laisse de côté les grandes scènes tragiques , et se remet à l'aise avec Démocarès y sou style a quelque chose de vif, de franc et de naturel comme les sentiments des personnages. On n*y trouve ni pensées subtiles, exprimées en un langage entortillé, ni raffinements précieux, ni gentillesses frivoles. C'est la familiarité de bon goût d'un bel esprit, galant homme, qui aime le badinage poli, et n'a rien de maniéré.
Sans même parler du style ^ Bérénice a de quoi faire honneur à un auteur de vingt-trois ans. Le roman héroïque et la nouvelle y vont de compagnie; Zénobie y rappelle Corneille , et Démocarès les meilleures parties de Durfé. Ici des sentiments touchants ou sublimes ; là des aventures divertissantes, une galanterie spirituelle, légère. Démocarès n'est pas un galant à suivre patiemment la carte du Tendre , et Sapho l'eût condamné comme trop peu sensible. Mais la comtesse de Piesque , à qui l'ouvrage était destine , et son amie intime, la comtesse d'Olonne, devaient le trouver tout à fait à Igur gré. Ses aventures ne sont nullement héroïques, mais familières et semblables à celles de la vie commune. Ce demi abandon des traditions romanesques (en 1647-1649) est à remarquer. C'est la preuve que de lui-même Segrais était plus porté à imiter Boccace , Marguerite de Navarre , ou les tragiques de Bandel *, que les romanciers espagnols. Il aimait avant tout la simplicité, le naturel, et l'on sent qu'il aurait rompu volontiers avec l'amour précieux et les aventures fastueuses à la façon du Cyrus^ si le goût dominant du siècle n'avait obligé le sien à se faire violence. Bérénice l'atteste; mois les Nouvelles /ranpawc^ en vont donner une preuve encore plus frappante.
1. Cf. en particulier (au t. Il, p. 578) la description poétique de la navi* gation triomphante de Titus.
2^ Segr., p. 129.
GHAPITRE IL
NOUVELLES TRANÇAISES, 1656. (l'% 3* ET 5*),
Aux yeux des critiques du dix-septième siècle, le roman est une sorte de poème ; de là une différence essentielle entre le roman et la nouvelle. L'un raconte les choses comme elles doivent être et telles que Timagination se les figure ; l'autre fait une plus large part à la réalité et décrit le train ordinaire de la vie. Les aventures romanesques pourront donc encore trouver place dans la nouvelle ; mais celle-ci aura le droit de ne pas toujours être poétique et idéale. Cette forme, plus simple &t plus familière , marque le troisième âge du roman en France depuis le seizième siècle. Il avait été d'abord rabelaisien, puis tour à tour héroïque et champêtre. Enfin descendu des régions élevées de la fantaisie où la chevalerie et la pastorale l'avaient porté, il se renferma dans les incidents de la vie privée. Le héros de roman, de chevalier ou berger, se fit simple honnête homme. Tel est le roman chez madame de la Fayette ; mais avant elle , Segrais s'était engagé dans cette voie en composant les Illustres françaises et les Nouvelles françaises. Bérénice même avait allié le comique et l'héroïque en une mesure égale : dans les Divertissements de la princesse Aurélie, la nouvelle domine, et de beaucoup.
Segrais dit en avoir pris les matériaux d'un roman qu'il avait entrepris à l'âge de vingt et un ou vingt- deux ans {les Illustres Françaises?) y roman demi -bourgeois, sans aucun doute, et destiné à peindre la société où vivait l'auteur ^