Nouv* franc. f t. H, p
2. Nouv* franc,, t. II, p. 5. Julie d'Angennes, plus tard duchesse de
naturelle de rinnocence et du repos. On y trouve des fleuTes» des bois, des fontaines et des vallons, < ces agréables choses dont les noms insinuent seulement de la douceur et de la joie. Demandez à tous ces grands personnages qui se con-* sument dans les grandes affaires ou dans^ les fatigues de la guerre 9 à quel dessein ils prennent tant de peine. ^IIs vous diront que ce n'est que pour se reposer, pour mettre un espace entre les affaires et la mort, et pour jouir d'une tran* quillité qui puisse être plus plaisante par le souvenir des peines qu'on a eues. Où pensez-vous qu'ils établissent cette tranquillité si désirée et ce repos si nécessaire, autre part que dans les douceurs de la vie champêtre? » Maintenonsnous donc le plus longtemps possible dans un état si heureux, dit Silérite, ou du moins conservons-en toujours la douce idée. Segraisla conserva toute sa vie. A Saint-Fargeau ou au Luxembourg, chez Mme de la Fayette ou dans sa patrie il resta constamment l'ami de ces plaisirs qu'il célèbre avec tant de sentiment. Cet accent d'émotion sincère ne doit pas surprendre : ce n'est pas ici un de ces rêves champêtres dont les plus mondains flattent leur imagination par inquié^ tude ou ennui, et que le séjour des champs fait évanouir aussilôt(a). L'auteur des églogues célèbre la campagne à la campagne même ; il l'aime d'un amour naïf et vrai.
L'éloge de la vie champêtre n'est pas, dans les Ntyuvelles françaises^ la seule marque du goût de Segrais pour les beautés delà nature. L'auteur aime à décrire les sites agrestes où il place les divertissements de la princesse, et quelquefois il en peint les détails avec une vérité digne de Gessner. « Ce jour-là (un des premiers jours du printemps), l'herbe qui ne faisait que pousser pour la nouveauté de la saison, le soleil qui, de peur de déplaire à la princesse, semblait modérer l'ardeur de ses rayons, et le vert naissant des arbres variés
Montausier en M la preuve (Cf. Seg., T4, et M. Cousifl, la Société franc. ^ d'après le Cynw).
par leurs différentes espèces, faisaient à Tenvi à qui lui représenterait le plus parfaitement le plus riant aspect '••.. » Enfin la sixième nouvelle se termine par une sorte d*opéra champêtre où des personnages allégoriques représentent les maux de la cour et les plaisirs de la campagne. C'est le for-timatos nimium.... sous forme dramatique et en musique. Des couplets amoureux, ou à la louange du Printemps, s'entremêlent aux danses et à la pantomime ; puis c'est une noce au village, avec des jeux forainsde toutes sortes, enfin une ronde générale au son des musettes. La scène entière est divertissante et animée, gracieuse ou naïve. C'est une image de la pastorale non de l'églogue, mais du hameau , et telle que l'aimaient dans sa simplicité ingénueSedaineetrauteurdu/>et?m deviUage. Les Nouvelles frmiçaises furent bien accueillies, et à plus d'un titre elles le méritaient. On y admirait ce mélange ingénieux, imperceptible, du roman et de l'histoire, qui laisse douter où la fiction conmience et où la vérité finit. Les inventions en sont, sinon toujours naturelles, du moins agréables, nobles, pathétiques, et elles donnaient à Campistron le droit de féliciter l'auteur de cette « manière fine et certaine d'attacher l'esprit,... d'intéresser le cœur et d'élever l'âme. » Jamais on n'y trouve rien de ce « libertinage horrible » que Sorel (1671) flétrissait dans les nouvelles de son temps. Celles de Segrais sont telles qu'on peut, comme ses chansons, les retenir sans rougir. Une autre qualité de l'auteur des Nouvelles françaises est de savoir finir ; mérite fort estimable après les romans à dix tomes, et dont la Bruyère lui savait gré ». Les quatre volumes de Bérénice étaient écrits, quand Segrais apprit de Mme de la Fayette qu' « une période retranchée vaut un louis et un mot vingt sols ; » mais dans la suite il se garda de ces histoires prolixes, rattachées les unes aux