QUELLE PART SEGRAIS A-T-IL PRISE AUX ROMANS DE MADAME D^ LAFATETTE
Le bon accueil fait aux Nouvelles françaises ne fut pas étranger au dessein de Mme de Lafayette de composer ses romans. Elle voulut suivre la voie que le po^te son ami avait ouverte, et même elle le prit pour guide. Ainsi, quatre ans
après ks NoîmUes^ Segrais l'aidait à cibmposer Mademeiselle de MarOpensier (1660), puiâ Zalde (décembre 1669) et la Prinàesse de Clèoes, composée avant 1672, mais publiée seulement en mars 1678. Il s'agit de marquer avec le plus de précision possible la part de Segrais à ces compositions.
Il est inutile de s'arrêter longuement à Mademotselle de Montpensier. Ce roman, premier essai de l'auteur, est, malgré ses beautés, inférieur aux deux autres *, et la collaboration de Segrais à cet ouvrage n'offre rien de particulier. Zalde et la Princesse de Clèves doivent attirer surtout notre attention* L'auteur des Divertissements n'a pas également contribué à ces deux écrits*. Lui-même en fait foi. Il souffrait d'être loué sur le premier, et disait volontiers ma Zaiwfe, jamais ma Princesse de Clèves. Les lecteurs avaient fait tout d'abord la même distinction. Bùssy (décembre 1669) écrivait à Mme du Bouchet : « Je ne lis plus de romans depuis le collège ; mais je me prépare à lire avec un grand plaisir celui de Segrais » (Zaïde); puis, en 1678, à Mme de Sévigné ' : « Cet hiver, un de mes amis m'écrivit que Larochefoucauld et Lafayette nous allaient donner quelque chose de fort joli, » c'est-à-dire la Princesse de Clèves. Cette fois il n'est nullement question de Segrais, et, en effet, le poêle semble y avoir à peine mis la main. Après Mademoiselle de Montpensier et Zaiide^ Mme de Lafayette n'était plus une écolière. Elle avait eu recours à Segrais, mais seulement pour quelques inventions de détail \ Ce fait-là du moins ne peut
1. n offre UQ caractère d'un héroïsme peu vraisemblable (Chabannes), quelques traits de précieux, et, à certains égards, il rappelle encore un peu trop le Cyrus, Mais pour la délicatesse des sentiments et du style, c'est le prélude de Zaïde et de la Princesse de Clèves.
% Zaide ressemble bien plus aux Nouvelles françaises que la Prineesse de Clèves. La Princesse de Clèves est à peine romanesque ; Zaide Test encore beaucoup, comme telle des Nouvelles de Segrais.
3« « Madame de Sévigné qui lui envoya cet ouvrage (il s'agit de fiussy et de la Princesse de Clèves), en était charmée.» (Segr., p. 71).
4. Les adieuT de la princesse de Clèves à Nemours rappellent ceux de
être cm testé. Yalincour avait blâmô TéntreifW de Mlle de dhartres et de Glèves diez le joaillier. II l'eût mieux aimée à Péglise. Segrais répand à cette criticpie : « La raison pour la^dle je ne voulus pas prendre la peine de M répondre, c'est qa*il n'avait aucune connaii^ance des règles de cessortes d'ouvrages, ni de l'usage du monde; et que je feûsais beaucoup plus d'état de l'approbation de Mme de Lafayette et de M. de Larochefoucauld qui avaient ces connaisswces en perfection '• *»
U avait plus de droits sur ZaMôf et cependant, à proprement parler, elle n'est pas lui. Ici les témoignages abondent. D'abord celui de Huet, le parrain de l'ouvrage : « Je l'ai vue souvent occupée à ce travail, et elle me le communiqua tout eqtier, pièce à pièce, avant que de le rendre public, et comme ce fat pour cet ouvrage que je composai le traité de FOrigine des romanSy qui fut mis à la tète, elle me disait souvent que nous avions marié nos enfants ensemble'. » Mme de Lafayette elle-même confirme ce témoignage : « Je vous envoie le 3* et le 4« cahier de ZoMe. Ce dernier n'est point du tout corrigé ni revu ; ainsi vous y trouverez bien à mordre ; mais ne vous amusez pas aux expressions, et prenez seulement garde aux choses ; car, quand je l'aurai corrigé, vous y repasserez encore.... Je vous prie de croire que je suis votre servante et votre amie d'une manière dont je ne le suis de guère de gens'. » Encore un témoin : « On n'a pas raison de trouver à dire que vous ayez fait auteur de Zatde Mme de Lafayette, et non pas feu M. de Segrais, puisque Iui-4nême, comme je lui ai ou! dire, lui en attribuait l'hon^ neur*. » Cette fois, écoutons Segrais lui-même: « La JPnnces$e de Clèves est de Mme de Lafayette.... Zaide^ qui a paru
Zénobie à Tiridate. (Cf., p. 178, pour les analogies de la première Sowelle ftanç, et de la Princeste de Clèvet,)