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cueilli de sa main ce rameau d'or dans les bocages de Théocrite pour le donner à Segrais, on lui en serait très-obligé ; mais il n'en est rien. Une question de Segrais à Huet sur l'origine des romans pouvait donner naissance à l'ouvrage de ce nom ; mais ce n'est pas un bon avis de Huet qui fit de Segrais un poêle pastorale Né ami des Muse& forestières, il passa ciu milieu d'elles sa première jeunesse, et depuis, le pasteur de l'Orne reparut toujours à quelque signe en lui.Son imagination se plaisait aux tableaux rustiques, et son Ame douce et naïve aux innocentes peintures de la vie des champs.
Le dix-septième siècle les aimait comme lui, mais pour une autre raison. Car c'est le privilège de la poésie pastorale de plaire non-seulement aux esprits champêtres, mais encore et surtout à ceux que leurs passions mondaines privent des biens qu'elle décrit '. À ce titre, le dix-septième siècle devait la goûter vivement. Et en effet, il semble n'avoir pu s'en rassasier, tant il en applique la forme aux sujets les plus divers. Était-ce seulement une mode, et le désir d'imiter l'Italie? Non, les modes n'ont pas si longue vie en France, et une cause plus profonde, plus durable, soutenait la poésie pastorale au temps de Louis XIV. Jamais le goût des plaisirs du monde, les remuements de l'ambition n'eurent plus de vi«* vacfté, et jamais aussi l'amoiu* du repos et les imaginations pastorales ne furent plus communs. Et ce n'étaient pas seulement les poètes qui s'écriaient avec Horace : « campagne, quand pourrai-jete revoir!... » mais encore les plus fiers traitants, à l'exemple d'Àlfius ; et comme le peuple à Rome aimait , après les jeux du cirque, . à entendre déclamer une églogue de Virgile, de même à Paris les thé&tres voyaient les bergers
1. En 1645 (date des deux premières églogues), Huet avait quinze ans et Sfgrais vingt et un.
2. « J'ai vu que la vie primitive était le rêve, Tidéal de tous les hoomies et de tous les temps.... L'art, ce grand flatteur, ce chercheur complaisant de consolations pour les gens trop heureux, a traversé ujde suite ininterrompue de bergeries.» (G. Sand, préface de franc, leChampi,)
sonyent mis en scène et toujours applaudis. Si le gros du pu^ blic sentait ainsi, que devait-ce être parmi les grands? Made^ moiselie nous Ta déjà fait voir, et cet incident de son voyage aux Pyrénées nous instruit mieux ici que toute réflexion. On se rappelle la disposition d'esprit où les événements l'avaient mise. Au sortir des prouesses de la Fronde et de Fexil, elle voit le jeune roi qu'elle avait espéré jadis épouser, près de s'unir à l'infante. Toute la cour ne respire que joie et fêtes et riants projets, en prévision de l'avenir. Cependant elle est seule et souffre de sa solitude. Elle s'arrête à une fenêtre d'où elle découvre un frais paysage, avec les Pyrénées à l'horizon, et elle rêve; elle va se promener sur le bord de la mer où elle rêve encore ; elle songe aux ennuis, aux déceptions de la cour, et à la douce vie que mèneraient, en bergers, au milieu de si belles campagnes, des gens qui n'en auraient pas été rebutés. Toute pleine de ces idées, elle regagné son logis, et écrit à Mme de Motteville des lettres qui, à l'amour près, sont des fictions pastorales. Cette circonstance de la Tie de Mademoiselle donne le secret du succès de la pastorale au dix-septième siècle. On l'aimait à la cour conrnie fait ici la princesse , et pour des motifs analogues. Or la cour, rendez-vous de l'élite de la société française, en était à elle seule une bonne partie', et communiquait bientôt ses goûts au reste de la nation.
Toutefois il est bien malaisé à une société polie quelquefois jusqu'au raffinement de songer à embrasser, même en idée, la vraie vie de village; à un galant marquis de se dé-> guiser en berger, sans qu'il y paraisse rien. Le siècle de Louis XIY aimait aller aux champs, mais à condition d'y vivre à sa guise, et de ne prendre de ce nouveau régime que ce dont il s'accommodait. Ainsi la république champêtre de Mademoiselle, c'était la cour en villégiature, avec tous ses
1. MaddmcHseUe dit, en parlant de la cour : c Toute la France est venue me saluer. »
plaisirs, et sans les intrigues et les incommodités de la vie du grand moaâe< Ce goût de la campagne et de la poésie buoolique n'avait done rien de naïf^ et si le courtisan s'écriait Yolontiers : « Heureux l'homme des champs ! » c'était seu-
lement parée que ces fortunés pasteurs ignorent la servitude dfô grands emplois, l'humiliation des petits, les labeurs et les déboires de l'ambition. Le repos, le repos; voilà ce qu'il demande à toute la nature \ mais les prés, les collines, les fon^ taines, et les mugissements de la génisse, tout cela ne le touche guère : Ntm emnes arbustajuvcmt^ htmiiesque myricmj il n'aime pas les champs pour eux-mêmes, mais en haine et par dégoût de la ville^ et il n'en tire qu'un plaisir de réflexion, dont il jouit en moraliste ^ smon en mondain blasé.
Bientôt ce repos même ne lui suffit plus, et cet apaisement des passions si ardemment souhaité le fatigue. Il lui sufât d'avoir tiré son âme de ces grands mouvements qui la secouaient dans le monde; lui faudrait-il donc encore la sevrer sans pitié de tous ses plaisirs ? Ce n'est pas à ces conditions que les illustres dames du dix-septième siècle entraient dans les couvents, et la marquise de Sablé, par exemple, eût été fort chagrine d'avoir à imiter à Port-Royal le parfait détachement des solitaires. Le courtisan fait de même à la canipagne ; loin de lui la pensée d'émonder^ de tronquer impitoyablement son ftme. Il tranchera les rameaux dont les jets trop vigoureux l'épuisent^ mais il épargnera les plus tendres tiges, et même aura plaisir à les cultiver. < Qu'une vie est heureuse, disait Pascal^ quand elle commence par l'amour, et qu'elle finit par l'ambition i » L'ami des champs dit le contraire. Il a voulu se guérir de l'ambition, sa passion la plus importune, mais non pas de celle qui par-dessus tout l'enchante^; et c'est la peinture de l'amour, avec l'image dB repos, qu'il demande à la poésie bucolique.
t. «t Ste les théâtres de Londres on bat des mains àià mol de ^àtife,* et sur ceux de Paris à celui d'amour. » (Voltaire.)
kirm eoiliprise» l'églogue court le risque d'être bien peu champêtre. L6S champs n*y sont plus qu'une mise en scène de convention, un décor employé par convenance ou même nécessité. « Si Ton pouvait placer ailleurs qu'à la campagne la scène d'une vie tranquille et occupée seulement par l'amour^ de sorte qu'il n'y entrât ni chèvre, ni brebis, je ne crois pas que cela en f&t plus mal. Les chèvres et les brebis ne servent de tien ; mais comme il faut choisir entre la campagne et les villes, il est plus vraisemblable que cette scène soit à la campagne ^ > Le berger des églogues devra donc se résigner à conduire un troupeau , mais sans plus tenir que Fontenelle à ses moutons. Son premier devoir est de bien chanter ses amours : car sa houlette est de bois de myrte*, et cet emblème de Vénus oblige. Cependant n'y a-t-il rien aoKlessus de ces langueurs pour faire sentir le charme de la pastorale, et n'est-ce pas un mensoilge de m'annoncer une poésie champêtre et de me donner des soupirs? Que n'entends-je plutôt le murmure des fontaines, le frémissement de la fouillée, ou le bourdonnement des abeilles?...
uhi campi!
.... qui me gelidis in i)allibu8 Hxmi 8i$t(Uy et ingenti ramorum protegat umbral
Voilà (ie que je cherche daiis la poésie pastorale du dixseptième siècle, mais le plus souvent je ne l'y trouve pas.
Avec éela, elle est peu naïve, fet fait bon marché de l'ingénuité de ses personnages. « Nous n'avons que faire de changer nos idées pour nous mettre à la place des bergers amants : à la scènô et aux habits près, c'est notre portrait que nous voyons'. » Il n'est que trop vrai, et cotnine les honnêtes gens du dix-septième siècle sont galants, spirituels, et tiennent médioct-etoent à voir < la nature en chemise *, »