‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 94 sur 138 · Dixième églogue de Virgile, vers · texte numérisé non relu

Dixième églogue de Virgile, vers

églogues» où Segrais rencontre le ton et les sentiments de Télégie sans les chercher. Cependant Télément lyrique n'y domine pas, comme dans ces pièces de la comtesse de la Suze qui, malgpé les noms champêtres des personnages, sont des élégies pures. Le caractère bucolique y demeure nettement marqué. C'est la lyre de Tibulle, mais aux mains des bergers.

Quelques-unes des églogues de Segrais (l'% 4*), sont un simple chant d'amour. D'autres y ajoutent une petite scène réelle ou figurée (2% 3% 6"). Le drame s'unit alors à l'élégie, et donne à la composition un double attrait. Timarette et Eurilas sont pris tous deux de jalousie ; Eurilas se plaint de sa volage bergère, et celle-ci lui répond :

• Jeune et sans malice,

D'un trop rusé berger j*ignorais l'artifice ; Crédule jusqu'à croire à tous ses vains discours. Et qu'il était enoor d'éternelles amours.

Cet échange de reproches continue, avec moins de colère que de regrets. Des deux parts c'est l'amour piqué, mais c'est avant tout l'amour :

Cypris, c'est toi qui rends ma bergère infidèle ; J'ai juré mille fois que tu n'es pas si belle.

Et Timarette laisse échapper ces mots :

Que n'es-tu moins trompeur t . . . Que veux-je dire, 6 Dieux T

Elle ne souhaite rien tant que de le croire fidèle, mais elle n'ose avouer trop tôt sa défaite en renonçant subitement à son dépit. Qu'on lise l'églogue entière; elle est d'une vérité charmante : l'auteur du DépU amoureux n'a guère trouvé mieux* Chez les deux poètes ce drame du cœur est conduit avec la même délicatesse, et la réconciliation aussi habilement ménagée. Au moment où la paix semble faite, un dernier mot échappe qui provoque une réplique, et

quelque temps encore^ ou ne sait ^ les hostilités vont se renouveler ou finir. Mais insensiblement les derniers restes de l'orage s'apaisent ; Timarette sourit, en signe de nouvelle alliance, et le lien un moment rompu est renoué^uieux que jamais :

Un vieux Faune en riait dans sa grotte sauvage. Tels sont les jeux d'amour, disait-il, et jamais Ces guerres ne se font qu'on n'en Vienne à la paix.

Cette pièce peut donner une idée du talent bucolique de Segrais. Si ses bergers se contentent de la demi -vérité exigée de la pastorale et ne sont pas de vrais bergers, ses amoureux sont au moins des amoureux véritables. On en trouve la preuve dans cette deuxième églogue, que Boileau semble avoir eue présente à l'esprit quand il disait de l'idylle :

Elle peint des amants là joie et là tHstesse , Flatte , menace, irrite, apaise une maîtresse.

Perrault se prévalait des êglogues « galantes » de Fontenelle pour établir que les modernes savaient trouver des beautés inconnues aux anciens. II eût mieux choisi son exemple, s'il eût opposé cette églogue à délies de Virgile où l'on voit des bergers aux prises, lliyrsis et Corydon usent de ces provocations et ripostes piquantes; mais ils songent seulement à se ravir le prix du chant, et ils célèbrent à la fois les amours de Polyphètn6 et les leurs. Ce défi poétique ne peut donc offrir l'intérêt d'une picoterie entre amants jaloux. Cet art de tisser de petites scènes d'aitiour émues, gracieuses et piquantes est familier à Segrais. Le poète le devait en partie au commerce galant des deut sexes et à l'esprit de politesse dé sbn temps ^ Mal^ où le tl*oùver dàtls les églogueè de Virgile? Nulle bergère n'y paraft eut* la scène, et d'ailleursj si Gallus pouvait âpprétidre celte exquise délicatesse ëuprès de Lydorife, eu êtait-U de taênie de Gorjrdôn et du bel AlelUs?

La troi»ètne églogue est digne de la seconde. Les premiers vers, d'une naïveté toute pastorale , montrent un berger qui , au lever de Taurore, confie son troupeau au fidèle Tityre. Le jour est Verni où il doit aller vers sa belle. Déjà il est en route ; chemin faisant, il rêve à sa bergère^ et impatient, lui envoie d'avance ses vœux sur l'aile des amours :

Enfant, mattre des Dieux *, qui d'une aile légère Tant de fois en un jour voles vers ma bergère, Dis-lui combien, loin d'elle^ on souffre de tourment. Va, dis-lui mon retour; puis reviens promptement (Si pourtant on le peut quand on s'éloigne d'elle) M'apprendre comme elle a Açu cette nouvelle.

Puis il songe an sourire^ aux caresses qui l'attendent. Mais voici qu'au milieu de ces riantes images, la défiance lui fait sentir sa vive pointure :

Un amant sans dormir se forme bien des songes.

Mais non, Amire est fidèle. Pourquoi s'affliger de vaines pensées? L'espoir est Un meilleur compagnon de route, et notre berger se remet à rêver î

les discours charmants I 6 les divines choses Qu'un jour disait Amire en la saison des roses I

iiC berger s'abandoniie à ces plaisants souvenirs en suivant les détours du celHque Méandre^ C'est l'Orne dont Segi^îs, dans sa première jeunesse^ aimait à fréquenter les rives, et qui peut-être Ta vu plus d'une fois suivre le même sentier et les mêmes pensées.

Car pour bien exprimer ces caprices heureux, C'est peu d'être poëte, il faut être aàioureûx.

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