gl. V et b\ De même Virgile, égl. 8* et
d'intérêt qu'elle ne fait pitié, c'est déchaîner Tauster sur des fleurs, et lancer des sangliers dans de limpides fontaines :
....F2oft6tt8 au9trum Perdituij et liquidis immiH fontibus aiproz.
Le sage Virgile s'en était bien gardé. La passion de ses bergers, loin d'aller jusqu'à ces transports tragiques, aime mieux s'arrêter au dépit :
Mopso Nisa datur! Quid non speremut amantes!
quand elle n'affecte pas de se guérir par la légèreté et l'oubli :
Inventée alium^ si te Me fastidit^ Aleœin,
L'un d'eux plus emporté s'écrie qu'il va se précipiter dans la mer*, mais c'est un serment d'amoureux, et l'on ne voit pas qu'il en fasse rien. Eu tout cas, Virgile s'arrête à cette menace ; aller au delà, c'est sortir des limites de l'églogue, et le poète doit toujours s'y renfermer ; sinon il agit contre ses fins. En effet, le plus grand charme des bergeries n'est-il pas de rafraîchir et de reposer l'âme ; et quand elle y vient chercher les douces images et la paix dont elle a besoin, doit-elle s'y heurter aux plus f&cheux objets que le séjour de la ville puisse offrir? La sixième églogue eût tout gagné à lui épargner cette trahison.
. La septième églogue est l'une des deux pièces que Segrais, de son aveu, a travaillées avec le plus de soin '. Le sujet, la paix des Pyrénées, et les personnages en valaient la peine, et si Virgile avait voulu relever ses bergeries afin de les rendre dignes d'un consuK Segrais ne pouvait moins faire pour Anne d'Autriche, Louis XIV et Mazarin. L'auteur de la septième églogue a renfermé dans un cadre pastoral un sujet qui
1. Églogae VIII, yers 59. *- 2. L*«utre est Thymne à Mademoiselle.
— scelle T'est pas. Mais depuis Virgile les poètes bucolkpies ont «isé de ce droit. D'aiUeisrs un paj^sage où Ton voit des personnages fort éloignés même des vrais bergers, est toujours un paysage. Sans doute la pastorale n'est plus alors que Fombre d'elle-même, et AUie vaûie im«^e àe la réalité. Mais cette image n'en est pas moins aimable. Les campagnes artificielles que les riches Romains mêlaient aux colonnades de leurs palais, n'avaient rien des campagnes véritables, et cependant elles ne laissaient pas de les charmer. Segrais n'était donc pas «lal âispiré d'appliquer la forme bucolique à une sorte de petite épopée. Aussi bien il y a réussi, et sa musette fait entendre ici les accents d'une véritable Muse.
AQn d'accommodeyr son sujet au cadre pastoral, Segrais a dû recourir à l'allégorie ; et de fait, Féglogue était nécessairement allégorique au dix-septième siècle, puisqu'à ses yeux elle avait le droit de chanter des personnages de la cour sous le nom de bergers, et d'encadrer le récit des faits les moins champêtres. Ainsi, ne pouvant attribuer directement à des bergers ce qu'il veut dire de ses héros, le poëte est obligé de couvrir sa pensée du voile de l'allégorie. Ce déguisement une fois admis, il faut au moins beaucoup de convenance et de justesse dans les fictions de détail. Vous métamorphosez un prince en berger. C'est là un mensonge, mais on vous le pardonnera, si vous savez le soutenir. Ce berger devra donc garder le double caractère de prince et de berger, ne rien faire, ne rien dire qui ne convienne à la fois aux deux rôles que vous lui faites jouer. Tel est l'un des mérites de la septième églogue.
Eurilas rencontre Acante, berger-poële attaché à la cour (Segrais lui-même), et il lui demande quelle main bienfaisante a ramené la Paix dans leurs champs.
Au moins le vieux Damon, qui l'a vue autrefois, Croît l'avoir reeoimue au travers de ces bois.
Acante répond :
La mère du berger dont les gras pâturages
De l'une et Taiitre mer bordent les longs nfBges ,
Anne a fait ce miracle. ...
Cette t^idre Hiëre tremblait peur mm fils ati nûlieu des
alarmes qui troublaient les campagnes :
»' Son Louis s'animait au bruit de ces combats;
Il méprisait déjà nos champêtres ébats,
Ramassait des hameaux la bouillante jeunesse,
Et leur montrant de Mars la dangereuse adresse,
Il faut être vaiHants, disait-il, ô bergers.
Il faut loin de nos parcs chasser les étrangers.
Segrais veut-il féliciter Mazarin de n'avoir pas tiré des frondeurs de sanglantes vengeances? Il le montre déposant sur Fautel des dieux de l'encens, des fleurs et des fruits; mais le sang ne rougit pas ses mains innocentes. Le po6te dit une chose pour en faire entendre une autre, et ces détours ipgénieux donnent à ses vers de la finesse et de l'agrément.
Segrais célèbre avec allégresse la paix et la priticesse' qui a:
Flédd les Dieux
Par les dévots soupirs d'un cœur humble et pieux.
A côté de la dévote reine, Segrais a peint son ministre avec autant de vérité. Prudent conseiller» ami des beaux-arts, &me humaine et douce, Jules ne peut être qu'un dieu :
Un morte eût voulu tant d'offenses venger.
Au besoin Mazarin sait être intrépide. La Discorde tenait enchaînée la Paix ; il va la délivrer :
Mais plus prompt que Téclair, plus vite que la foudre, Sous son rapide char faisait voler la powjkre, Jules part, vole, et fond où le pressant danger Semblait M son grand cowr et sa vie engager.
A la fin, le poète revient à Timarette^ La belle lai avait déclaré la guerre; il en est sorti victorieux :
Nommer une bergère aimable, jeune et belle,
Acante, c'est souvent la nommer infidèle.
Guéri, grâces au ciel, de ma triste langueur,
Ainsi qu'en ces beaux lieux la paix règne en mon cœur.
La septième églogue allégorique, épique, n*en conserve pas moins la couleur pastorale :
Dans nos bois, dans nos champs, dans nos fertiles plaines, Sans crainte nous allons conduire nos troupeaux, Autour de nos brebis voir sauter leurs agneaux , Et dormir au doux bruit d'une onde vive et claire Où bourdonne à l'entour l'abeille ménagère.
Ce càbri gambadeur, ces abeilles virgiliennes ne forment-ils pas à eux seuls un charmant paysage ? On pourrait détacher de la septième églogue plus d*un trait de ce genre, ou de belles descriptions empruntées à la nature. Voici devant nous les Pyrénées qui se dressent majestueuses :
Il contemple du mont la cime impénétrable.
Les pins qu'il voit de loin lui servir de cheveux Sont battus du tonnerre et des vents orageux. De glaçons distillants sa tète est hérissée.
Sur ses gouffres béants la neige est dispersée ; De ses flancs entr^ouverts les torrents vagabonds Roulent, blanchis d'écume, ou s'élancent par bonds.
Passons aux autres églogues : voici une peinture vigoureuse des ardeurs de Tété :
En nos champs tout s'altère et se brûle
Aux regards enflammés de l'âpre canicule.
et plus loin....
Vois ce beau jour, Aminte, et vois de toutes parts Le soleil l'embraser de ses plus chauds regards: Vois l'âpre moissonneur de la plaine si belle Ranger à. pleines mains la dépouille en javelle.
La sixième églogue est encadrée d'un paysage justement admiré de Tabbé Genest, et les antres pièces offrent plus d'un vers descriptif à remarquer. Toutefois, on ne peut le dissi* muler, Segrais les épargne encore trop. Tout entier d'ordinaire à l'amour, il ne lui arrive pas assez souvent de peindre les beautés champêtres en traits naïfs et pittoresques; il est obligé de se souvenir que le moyen de plaire à ses con* temporains est de s'entretenir d'amour avec eux , comme Socrate avec Phèdre, plutôt que de s'arrêter à décrire le paysage déUcieux où Platon a réuni ses personnages. Voilà pourquoi l'on entend chez Segrais une brise harmonieuse de tièdes soupirs; mais rarement on y respire ce parfum des bois qu'exhalent les idylles pastorales de Théocrite, et ces bonnes senteurs champêtres, douces comme la voix et l'haleine de la génisse :
Le sentiment de ces beautés était rare au temps de Louis XIY, et bien peu savaient, à l'exemple de Pénelon, préférer les naïfs paysages de Téniers ou du Titien aux spirituelles idylles de Watteau^ De même, dans Téglogue, on cherchait surtout l'homnie et ses passions, et le dix-septième siècle aurait dit volontiers comme Socrate : « Les champs et les arbres ne veulent rien m'apprendre, et je ne trouve à profiter que parmi les hommes, à la ^ille » (début du Phèdre). Aussi, au lieu d'une proportion harmonieuse entre la mise en scène et le drame, le cadre pastoral restait effacé, la nature négligée, et l'expression des sentiments envahissait tout..
Il y a une chose dans Segrais qui nuit particulièrement à la vérité pastorale; ce sont les dédicaces ou compliments préliminaires. Ils sont parfois très-bien tournés, mais tout à fait contraires à l'illusion, si faible qu'elle soit déjà. La première églogue est dédiée à Montausier (1645), et se termine