‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 97 sur 138 · Cf. la lettre à l'Académie de Fénelon, p. 68 et · texte numérisé non relu

Cf. la lettre à l'Académie de Fénelon, p. 68 et

par son éloge et celui de Julie qu'il derait bientôt épouser; la deuxième, à Angélique Clarice (plus tard Mme de Grîgnan),

juste arbitre du chant des plus fameux bergers,

et dont Segraîs préférait le earactère à celui de la famaise Julie (a); la troisième, à Mlle de Vertus : plus libérales qu*en- ¥er8 sa sœur (la ducbesse de Montbazon), les Vertus lui ont tout donné, jusqu'à leur nom ; la quatrième, à la marquise de Gamacbes ; la sixième à son mari.

* . Dont rame noble et belle

'a toujours honoré d'une amitié fidèle ;

la cinquième, à Mme de Monglat, dont les charmes n'ont pas causé de moindres peines que ceux de Timarette« Quelque*' fois le poëte se mêle à ses personnages :

Que ferais-je sans vous, ô mes doux chalumeaux, Au frais délicieux que font ces verts rameaux? Chantons donc , et disons ma triste chansonnette.

Ces enpcadrements peuvent offrir un intérêt particuli^ ali critique, mais ils ont le tort de distraire de la vue des champs; on aimerait mieux voir tes bergers cte Segrais se retirer dans leur chaumière à l'approche de la nuit, que laisser la parole au complimenteur, même délicat, d'une comtesse ou d'un marquis.

Segrais, disciple de Virgile, a su parfois, tout en l'imitant ajouter à ses beautés* On dtera seulement les vers de Segrais ; ceux de Virgile sont dans toutes les mémoires.

L'aimable déité qu'on adore en Gythère Du berger Adonis se faisait la bergère.

J'ai gravé son doux nom sur l'éeorce des hêtres: Sans qu'on s'en aperçoive il croîtra chaque jour; Hélas! sans qu'elle y songe, ainsi crott mon amour.

Voilà cette sinistre et funeste aventure....

Que m'exprimait si Men par son cri gémissant

La chaste tourterelle, en cent lieux rencontrée Toujours triste, et toujours de son pair séparée.

Bergers, qu'à pleines mains on moissonne les roses, Au lever du soleil nouvellement écloses. (8« égl.)

L'amoureuse colombe, au bibou voulant plaire Deviendra comme lui nocturne et solitaire.

J'aime mievoL tes beaux vers que te plaisir de voir Tomber ce fier torrent dessus ce marbre noir. Du dépit de sa chute écumer de furie.

Et flatter en grondant ma douce rêverie.

« Mon imitation n'est pas un esclavage, » aurait pu dire Segrais, après la Fontaine ; et si « le poète qui n'empruntera rien dès autres et qui sera célèbre, est encore à naître*,» il n'est pas moins vrai de dire que les poètes capables d'imiter à la façon de Segrais sont assez rares : il faut être pour cela original et riche de son fonds.

Les qualités diverses reconnues aux églogues de Segraia lui ont valu Tbonneur de représenter en France le genre pastoral. Avant lui plus d'un auteur français l'avait cultivé : ainsi Marot et ses contemporains '. Mais ces héritiers infidèles des pastorales naïves du moyen âge avaient laissé l'ai* légorie ou le faux bel esprit étouffer déjà la vérité champê** tre. Après eux, Ronsard met en scène des valets de bergerie plutôt que des bergers d'églogues. Rémi Belleau, « peintre de la nature, » raconte leurs soucis et leurs jeux tantôt avec une gr&Cje naturelle et une ingénuité charmante, tantôt avec l'af-* fectation la plus détestable. Yauquelin, né en Normandie, enfle sa musette rustique « à peine étant éclos, » et compose des foresteries naïves, dont souvent les personnages ne rougissent pas de porter l'habit de bure et le cotillon de sergette. Desportes, Bertaut jouent aussi du chalumeau, avec le médiocre succès de poètes plus jaloux de suivre la mode qu'une inclination naturelle ; de même Desiveteaux, Ubertin bucotique

Page 1