‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 10 sur 168 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

fer, car, contraste bieti remarquable, à la porte de rÉphèse passée, la civilisation nouvelle vient témoigner de sa vitalité par une de ses conceptions les plus fécondes.

91 octobre.

Nous arriverons ce soir à Tripoli après la meilleure des traversées à bord du Menzaleh, Le service des Messageries impériales fait de nombreuses escales à Rhodes, à Mersina, Alexandrette et Lattaquié; c'est là ce qui a augmenté à tel point la durée de notre voyage. Je n -ai du reste pas à m'en plaindre, car j'ai eu les compagnons de voyage les plus agréables. L'un d'eux, un Anglais, a parcouru en gentleman toutes les îles de TOcéanie et particulièrement Fidgî, où il a passé plusieurs mois; c'est M. Ware Scott dont l'originalité anglaise donne un attrait de plus à ses récits déjà si intéressants par eux-mêmes. L'autre, M. Mauss, est chargé, par le gouvernement français, des réparations de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, dont la coupole menaçait ruine et eût certainement causé quelque grand malheur en attendant que les Latins, les Grecs et les Arméniens fussent arrivés à se mettre d'accord, si les gouvernements français et russe n'avaient pris la chose en main

et fini par imposer purement et simplement Tautorité de leur force. M. Mauss habite Jérusalem depuis quelques années ; il a parcouru toute la Syrie et a fait partie d'une des expéditions de M. de Saulcy, au delà de la mer Morte. Un troisième de nos passagers est Turc, parent rapproché de Fuad- Pacha, et, comme il parle le français, il nous donne les détails les plus intéressants sur son pays etsur sa religion. Les musulmans sont, en somme, des déistes, croyant au Dieu un et éternel, rejetant ridée du Fils et de la Rédemption, honorant Jésus, mais seulement comme l'un des nombreux prophètes. Du reste, Mahomet, qui vivait au commencement du vil® siècle, avait été à Jérusalem, et son islamisme est un mélange des doctrines juive et chrétienne et des traditions orientales. Le Koran donne de magnifiques commandements, aussi bien politiques que religieux ; son plus grand défaut est, je crois, Tétat d'infériorité dans lequel il place la femme, dans la réclusion et l'ignorance extrêmes auxquelles il la condamne, et qui rejaillissent certainement sur ses enfants. Quant à la fâcheuse croyance au fatalisme, elle n'est nullement encouragée par Mahomet, et elle est due moins aux enseignements du Koran qu'à d'anciennes convictions profondément enracinées chez les Turcs.

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