CHAPITRE ï
merveilles du monde, le temple de Diane, brûl(5 la nuit même où Alexandre le Grand vint au monde, par le fou Érostrate, qui voulait transmettre ainsi son nom à la postérité. Le temple fut immédiatement rebâti, plus beau, plus riche qu'auparavant, et il brillait de toute sa splendeur lorsque saint Paul vint prêcher le christianisme à Éphèse et y fonder une Église.
L'apôtre ne réussit cependant pas sans difficultés; on raconte entre autres qu'un des nombreux artisans employés à la conservation et à l'embellissement du temple réunit un jour ses concitoyens et leur dit : « Eh quoi ! vous savez tous que le culte de Diane a rendu notre cité célèbre entre toutes, qu'il lui assure sa prospérité et notre existence à tous, et vous permettriez que Paul nous apportât une religion qui ne reconnaît qu'une adoration spirituelle ?» — Et le peuple réuni en foule dans le vaste amphithéâtre, dont les gradins semi-circulaires s'élevaient jusqu'au sommet d'une haute colline, poussa des cris tels, que saint Paul dut quitter la ville et s'éloigner pendant quelque temps.
Éphèse rappelle aussi la légende si répandue en Orient de la caverne des Sept-Dormeurs, et mille autres souvenirs qui donnent tant de vie à ces champs arides aujourd'hui et sous lesquels sont
encore enfouis la plupart des restes de cette splendeur passée. Il faudrait des fouilles intelligentes et de grands travaux pour remettre tout cela au jour et en faire quelque chose de saisissant pour, les yeux comme cela ne l'est encore aujourd'hui que pour l'intelligence. Une société anglaise a obtenu du gouvernement turc un firman à ce sujet, et elle travaille activement depuis quelques mois; elle a trouvé des choses très-curieuses, mais elle a malheureusement l'autorisation de les. envoyer à Londres. C'est ainsi qu'après avoir découvert le tombeau de saint Luc, bien dûment constaté par une inscription grecque, elle a envoyé cette inscription en Angleterre, et n'a laissé en place que quelques piliers portant la croix grecque et le bœuf, emblème de l'apôtre. Quel vandalisme!
L'ancien port d'Éphèse est aujourd'hui complètement ensablé, et sa place n'est marquée que par des joncs marins; l'emplacement du temple de Diane est encore l'objet de nombreuses discussions; de cette ville de magnificences il ne reste que quelques fondements colossaux, quelques statues enfouies et un sol jonché de colonnes de granit de douze et quinze pieds de circonférence; on dirait que ces ruines ne sont là que pour vous dire : Sic transit gloria mundi.
Nous sommes rentrés à Smyrne en chemin de