‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 100 sur 168 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

possible à Tombre des beaux arbres qui abritent la grotte où Gamoens composait sa Lusiade.

5 mai.

On dit communément que la ville de Shang-haï est située à l'embouchure du Yang-tse-Kiang; pour être tout à fait- exact il faudrait ajouter qu'elle est bâtie en réalit^surles bords de la rivière Houangpou, à une dizaine de milles du point où celle-ci se jette dans le grand estuaire du fleuve Bleu. On y arrive au travers du plus plat des pays, car la province de Kiang-sou tout entière est une terre d'alluvion, et, comme ornie peut avoir d'aucun endroit une vue d'ensemble sur la ville, on ne peut se rendre compte de son importance qu'en parcourant ses quais et en pénétrant successivement dans l'intérieur de chacune des concessions étrangères. On y voit partout un mouvement de marchandises qui fait plaisir et qui justifie la renommée de ce grand entrepôt international. Shanghaï tient la tête dans la liste des ports ouverts aux étrangers; c'est d'ici que partent les sept huitièmes des quarante mille balles de soie et le tiers des 75 millions de kilogrammes de thé que la Chine est arrivée à exporter chaque année.

Croirait-on que, bien que la France soit le plus

grand consommateur de soie, il n*y a pas une seule maison de commerce française établie à Sbang-haï et que, si nous n'y avions pas les Messageries impériales et le Comptoir d'escompte qui heureusement jettent un peu d'éclat sur notre pavillon*, les Français qui visitent le grand port du Yang-tse-Kiang auraient, pour toute consolation, la satisfaction béate d'apprendre, que les Pères jésuites et les lazaristes, grands propriétaires fonciers dans notre concession, louent leurs terrains très-cher à des étrangers et en retirent un revenu annuel de plusieurs centaines de mille francs! On se demande réellement s'il est possible qu'une indifférence pareille de notre part pour les belles affaires de la Chine dure longtemps encore?

6 mai.

L'empire chinois est si vaste, si colossal, qu'il n'y a, ce me semble, que deux moyens de. le visiter : il faut ou bien n'y jeter qu'un coup d'œil en passant ou bien y consacrer de nombreuses années. Cette dernière alternative offrirait certes bien des attraits, car plus je vais et plus je suis étonné du peu que nous connaissons encore de cet immense pays; ainsi nous ne savons presque rien des provinces du Setchouen, du Yunan et du

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