‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 104 sur 168 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

plus belle du voyage du Yangtze ; c'est line succession de montagnes et de vallées qui offrent sans cesse quelque chose d'attrayant, tantôt une vue d'ensemble étendue et grandiose, tantôt quelque petit hameau tout entouré de riches cultures et gracieusement abrité au fond d'un vallon, véritable endroit pour y placer les plus heureuses des pastorales chinoises.

Mais nous voici arrivés à Hankow et toute notre attention se concentre naturellement sur ce grand entrepôt. Notre premier soin est de monter sur une haute colline d'où nous pouvons nous faire une idée exacte de la ville et de ses environs. Hankow est située au confluent du Han et du Yangtze, sur les rives gauches de chacun de ces fleuves; deux grandes villes lui font, en outre, visà-vis, sur leurs bords opposés de chacun d'eux, et bien que ces trois cités aient chacune un nom différent, elles ne font en réalité qu'une seule agglomération qui s'élève aujourd'hui à un million et demi d'habitants et qui, il y a une vingtaine d'années, devait en compter probablement deux ou trois fois plus. Aucun monument remarquable ne vient fixer les regards, ce n'est qu'une suite uniforme, mais indéfiniment prolongée, de maisons tellement serrées qu'elles ne laissent apercevoir aucune des ruelles qui les séparent; tout ce que

Ton voit, surtout à cette époque-ci de Tannée où le fleuve est très-haut, c'est de l'eau, des toits et des jonques, le tout à perte de vue. Les variations de niveau du Yangtze-Kiangsont prodigieuses ici; il y a quelquefois 50 pieds de différence entre l'été et l'hiver, et cela bien que le fleuve ait encore, à une distance de plus de 200 lieues de la mer, un grand mille de largeur.

Pendant que, sur le haut de notre colline, nous étions absorbés dans notre contemplation, les prêtres d'une pagode voisine nous préparaient du thé, dans le seul but d'avoir le plaisir de nous offrir l'hospitalité et de nous examiner tout à leur aise. Nous nous assîmes en face de leur Bouddha, et là nos lorgnettes, nos chapeaux et jusqu'au drap de nos habits, tout fut touché et discuté par une foule des plus bienveillantes; j'aime décidément les Chinois, c'est une race qui a le désir de s'instruire et qui travaille; elle a besoin d'une régénération, il est vrai, mais elle la mérite et elle l'aura, j'en ai la conviction. J'espère bien, par exemple, que cette régénération s'étendra en même temps jusqu'à leur passion malheureuse pour le développement de l'agriculture par les engrais; celui qui n'a pas été en Chine ne saurait se faire une idée des odeurs épouvantables dont on y est assailli.

L'intérieur de Hankow, de Hanyan et de Vou-

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