CHAPITRE X. r
chang ne diffère guère des villes de la côte; ce sont les mêmes rues étroites, les mêmes boutiques ouvertes et la même ardeur au travail. Je ne citerai guère comme nouveauté que la pagode des tortures à Vouchang ; on y trouve une série de grandes figujrines en plâtre et en carton, représentant les différents supplices mérités par les crimes de l'humanité, et Ton y peut frissonner en voyant à quels excès de cruauté l'imagination peut se complaire, aussi bien que Ton rit de bon cœur en suivant les extases crûment représentées d'un fumeur d'opium.
J'ai eu, à Hankow,un exemple intéressant d'une des curieuses coutumes de la Chine. La servante d'un de mes amis venait d'acheter, moyennant une dizaine de piastres, chez le mandarin chargé de recueillir les enfants trouvés, une petite fille qu'elle se proposait d'élever, et elle ne cachait pas que c'était dans le but de s'en faire des rentes plus tardi Quel pays extraordinaire que cette Chine, où l'on rencontre des idées si différentes des nôtres, et dont je^ ne saurais donner un meilleur exemple qu'en empruntant à un livre anglais les quelques lignes suivantes :
« Pendant la traversée, dit l'auteur humoristique, notre batelier chinois nous expliqua que l'aiguille de la boussole, loin d'indiquer le nord.
pointait vers le sud. Dès notre débarquement, le premier objet qui frappa mon attention fut un mandarin militaire orné d'un jupon brodé et d'un collier de perles et portant un éventail en main ; je le. vis se placer à la droite de son cheval pour monter en selle, et je remarquai plusieurs fourreaux pendus à sa ceinture; je pensais qu'ils contenaient son sabre et ses poignards, et je fus surpris d'apprendre qu'ils ne servaient d'abri qu'à ses baguettes à manger et à son éventail, de sorte que mon officier avait l'air d'être en route pour son dîner plutôt que pour aller passer ses soldats en revue. Levant les yeux en l'air, je vis de nombreux cerfsvolants de toutes formes, et je fus fort étonné de m'apercevoir qu'ils étaient manœuvres par des hommes faits et même par des vieillards, pendant que les gamins assistaient, graves et sérieux, à cette innocente occupation de leurs parents.
(c Comme je venais en Chine pour y rester longtemps, je me mis en quête d'un professeur de chinois; il s'en présenta bientôt un qui, lorsqu'il vint me voir, s'arrêta en dehors de ma porte et, au lieu de venir à moi et de me serrer la main, se contenta de secouer les siennes, ce que je considérai comme un progrès notable, surtout dans les cas douteux. Je savais que j'allais entreprendre l'étude d'une langue dépourvue d'alphabet, mais