CHAPITRE X
je ne m'attendais pas à ce que les livres commençassent par ce que nous appellerions la fin du yolume. Mon maître se mit à lire un passage relatif aux rites et qui disait : « Quand*vous recevrez un con- « vive distingué, ayez soin de le bien placer à votre (( gauche, car c'est là la place d'honneur, et n'ôtez « pas votre chapeau, car ce serait un acte de fami- « liaritépeu convenable. » C'était porter un coup sévère à mes idées de politesse, mais quand, passant à un autre chapitre, il lut que les hommes les plus savants étaient décidément d'opinion que le
siège de l'intelligence humaine se trouvait dans le ventre, je fus obligé de m' enfuir de crainte qu'une leçon plus longue ne me rendît fou.
« C'est que les Chinois sont nos antipodes de toutes manières, et en vérité, m'écriais-je dans les premiers temps, si cela continue ainsi, jene serai pas étonné lorsque dans ce pays-ci je rencontrerai des hommes marchant sur leur tête. Voyez ! voici une femme en pantalons et un groupe de messieurs en jupons; elle fume la pipe et ils ont, eux, l'éventail en main. Voici mon domestique qui s'avance vers moi tout habillé de blanc, et quand je lui demande quelle est la fête à laquelle il est invité, il me répond en pleurant qu'il s'est mis en deuil pour son père. Un peu plus loin, au contraire, un mariage s'annonce par les sanglots de la jeune fille qui
pleure avec ses amies. Ici, cirer ses bottes, c'est mettre du blanc sur leurs épaisses semelles ; donner un cercueil à son père, c'est lui faire le plus agréable des cadeaux : bref, après avoir passé quelque temps en Chine, on n'a plus le droit de s'étonner de rien au monde I »