‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 107 sur 168 · HIOGO · texte numérisé non relu

HIOGO

29 mai 1868.

Lorsqu'on quitte la mer houleuse et dure qui entoure les côtes du Japon et qui, pendant longtemps, a contribué à tenir éloignés les navires étrangers, et que Ton entre dans la baie délicieuse de Nagasaki, on passe presque subitement des plus sombres dispositions aux idées les plus riantes. Il n'est plus question de mal de mer sur les eaux tranquilles de ce véritable lac, qu'une ceinture de montagnes protège de toutes parts ; il ne s'agit plus de spleen en présence de la végétation luxuriante qui, commençant au bord même de l'eau, gravit gaiement les collines, en respectant à peine quelques maisons de campagne bâties par les Européens, un assez grand nombre de temples japonais admirablement situés, enfin les champs fertiles

que rindustrie des cultivateurs a su étager gracieusement jusqu'à de grandes hauteurs. La ville elle-même, quelque grande qu'elle doive être pour contenir ses 80 ou 100,000 habitants, n'apparaît qu'au milieu de la verdure et semble n'être qu'au second plan ; on ne voit qu'une chose au moment où l'on se sent délivré du mal de mer, c'est la campagne fraîche et calme et le vert gazon à l'ombre des grands arbres.

Mais si le port de Nagasaki paraît joli du pont d'un navire, il nel'est pas moins lorsqu'on le voit du haut des collines ou de la véranda des maisons de campagne européennes. Combien de fois, pendant les quinze jours que je viens de passer ici, ne me suis-je pas oublié des heures entières à contempler, à travers les branches de quelque vieux pin maritime, la nappe bleue et les jonques, et les navires que j'avais pour ainsi dire à mes pieds !

Quelquefois aussi j'allais m'installer sur la plateforme ombragée d'une bonzerie ou bien dans l'un de ces cimetières japonais, toujours si poétiquement placés et si soigneusement entretenus. . Quelle différence entre eux et nos cimetières européens, où l'on n'entre qu'avec un serrement de cœur et en frissonnant I Une des choses qui m'a, du reste, le plus frappé dans tout l'Orient et parti-

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