‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 109 sur 168 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

tous les trois ans à Yedo , en s^gne de soumission et pour porter au shiogoune des présents obligés.

Le Japon, en s'isolant ainsi du reste du monde, en refusant accès aux étrangers et en ne permettant même à ses propres sujets que la navigation côtière, s'était assuré deux siècles et demi de tranquillité et de bonheur; voici maintenant dix ans que nous y sommes de nouveau, et déjà règne la guerre civile. Pourquoi donc faut-il que notre civilisation, évidemment bonne sous beaucoup de rapports, coûte toujours tant de sang et tant de larmes?

Je me suis beaucoup promené dans les rues de Nagasaki, presque toujours avec un jeune Français, M. Real des Perrières, qui, faisant partie de la mission engagée par le comte dé Montblanc, vient de parcourir pendant une année entière les États du prince de Satsouma. On ne saurait avoir de compagnon plus agréable et en même temps plus utile, car il parle le japonais assez coui*amment. Selon lui, il faut se garder de juger le Japon par la seule ville de Nagasaki, que le contact des Européens à déjà changée considérablement; je ne parlerai donc aujourd'hui que de quelques-uns des points principaux, et tout d'abord des maisons, qui sont une des choses les plus originales de ce

pays-ci. Elles sopt tout ouvertes sur la rue et disposées de façon que d'un coup d'oeil le passant peut voir presque tout ce qui s'y passe. Les cloisons, faites de châssis de papier, s'enlèvent entièrement de jour pour que Tair circule partout abondamment; le plancher, élevé d'un pied au-dessus du sol, est recouvert de jolies nattes de bambou, propres et gaies, et, comme fond de tableau, on aperçoit invariablement un petit jardin, microscopique quelquefois, mais où le propriétaire a trouvé le moyen d'installer un rocher, quelques arbres nains et un bassin à poissons. Sur le devant de la maison et sur la rue, pour ainsi dire, se trouve l'étalage du marchand, et pour faire quelque affaire, on s'assied ou plutôt on s'accroupit sur les nattes, car de meubles, point, si ce n'jest une théière toujours pleine, des tasses toujours à la disposition des visiteurs, et, dans un coin, la couverture qui la nuit servira à la fois de lit, de matelas et de drap, et le petit escabeau de bois sur lequel le dormeur ou la dormeuse appuiera la nuque en guise d'oreiller. Je parle là des maisons du peuple et de la petite bourgeoisie, car si les classes supérieures conservent la même simplicité, elles se font moins voir et se cachent, soit derrière des haies de verdure, soit dans des yaskis aux murailles de pisé blanchies à la chaux.

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