‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 110 sur 168 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Il y a deux classes bien distinctes au Japon : le peuple proprement dit, composé des marchands, des artisans, des cultivateurs et des pêcheurs, et la noblesse dans laquelle il faut comprendre les employés du gouvernement. Les nobles portent d'ordinaire deux sabres passés à leur ceinture, mais on les reconnaît plutôt encore aux marques de soumission que leur témoigne le peuple. Ce n'est qu'accroupi et en courbant la tête qu'un marchand s'approche d'un officier, avec lequel cependant, curieux exemple du caractère facile des Japonais, il rira et boira peut-être quelques minutes après. Pour faire un achat, si petit qu'il soit, il faut toujours commencer par causer long- . temps de choses et d'autres; on s'interrompt pour échanger quelque bon mot avec la foule qui s'est amassée autour de la boutique ou pour sourire à quelque jolie femme qui vous salue en réponse; quelquefois même le marchand consulte la galerie pour savoir si le prix qu'on lui offre est suffisant; enfin, après avoir bu de nombreuses tasses de thé et fumé plusieurs petites pipes japonaises, le marché se conclut. Certes, ce n*est pas au Japon que Ton peut appliquer l'adage américain : Time is money; je ne connais pas de pays où le temps compte pour si peu et où l'argent soit moins apprécié. Partout dans mes voyages, et tout d'abord en Eu-

ni) SEIZE MOIS AUTOUR DU MONDE.

rope et en Amérique, j'ai trouvé le culte suprême de l'argent; ici on ne le plaçait, il y a dix ans, qu'au troisième ou quatrième rang, mais nous voici arrivés et bientôt, soyez-en sûr, notre civilisation portera ses fruits !

Je n*ai pas parlé encore des femmes japonaises, et cependant je crois bien que plus d'un de mes lecteurs attend avec impatience que je lui décrive les mousmés. Elles sont originales dans leur espèce de robe de chambre* en soie, ouverte sur la poitrine et par contre étroitement serrée autour des hanches et sur leurs jambes ; deux ceintures en damas ou en crêpe de couleur vive, qu'elles portent très-bas, forment sur leurs reins un nœud immense, toujours fait avec le plus grand soin ; leurs beaux cheveux d'un noir de geai sont réunis en un énorme chignon que traversent de grosses épingles, enfin un large parasol de papier les abrite des rayons du soleil. Elles marchent malheureusement fort mal, leurs sandales de bois et l'étroitesse de leurs jupes impriment à leur démarche une raideur qui contraste singulièrement avec la grâce de leurs bras et avec le joli sourire qu'elles adressent à tous ceux qui les saluent en passant, même sans les connaître, car, je l'ai déjà dit et l'on ne saurait trop le répéter, l'amabilité, la politesse et la bonne humeur sont

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