CHAPITRE XI
ici à l'ordre du jour. Les jeunes flUes ont d'ordinaire de charmantes dents blanches; les femmes mariées, au contraire, renonçant à toute coquetterie, noircissent les leurs en les recouvrant d'une couche de laque noire qui les enlaidit à plaisir...; trouverait-on beaucoup de pays où les épouses sacrifieraient ainsi leur beauté pour prouver leur fidélité et leur attachement?
Le costume que je viens de décrire est rhabille* ment de gala, celui que mettent les femmes lorsqu'elles sortent pour se promener ou pour faire des visites ; dans la vie ordinaire, et surtout dans les classes inférieures, on se met plus à l'aise; et pour peu qu'il fasse assez chaud on voit toutes les marchandes nues jusqu'à la ceinture. Quelques voyageurs ont jeté les hauts cris parce que le matin ils ont aperçu les femmes se baigner dans un baquet devant leur maison, ou qu'en s'arrêtant devant les bains publics ouverts à tous les regards, ils ont vu les hommes et les femmes se laver ensemble dans le simple costume de la vérité, et ils en ont conclu, trop vite à mon avis, que la pudeur n'existait pas au Japon... La pudeur peut-être, car c'est là une chose de convention qui varie selon les pays, mais la modestie, à laquelle j'attache beaucoup plus de prix, me semble être très-respectée par les Japonais.
On a blâmé avec plus de raison, et M. Lindau s'en est occupé d'une façon toute spéciale dans ses jolis récits d'un Voyage autour du Japon^ la coutume qu'ont les familles pauvres de vendre leurs filles pour un certain nombre d'années. Elles sont alors groupées dans des maisf)ns où dès leur enfance on leur apprend à chanter, à danser et à plaire, et où elles restent d'ordinaire jusqu'à l'âge de 25 ans. Il est heureux, toutefois, que la honte de ces marchés retombe entièrement sur les parents et nullement sur ces jeunes filles qui, une fois leur engagement fini, trouvent souvent à bien se, marier et deviennent, à l'exemple des autres femnjes japonaises, de bonnes et fidèles épouses.
Pour terminer ma description de Nagasaki, je n'ai plus qu'un mot à dire sur son commerce avec l'Europe. Il n'est pas bien important et se réduit à une exportation de 3 ou 4 millions de livres de thé et d'une certaine quantité de camphre et de cire végétale ; quant à l'importation, elle consiste en quelques millions de francs de tissus anglais et suisses, en vins de Champagne, mais surtout en armes et en bateaux à vapeur. C'est sur la vente de nos fusils que les Européens comptent le plus pour faire fortune, et, jusqu'à présent, c'est en effe le produit de notre civilisation dont les princes japonais ont le plus vite reconnu la nécessité.