CHAPITRE XI
8 juin.
J*ai quitté Nagasaki le 29 mai pour me rendre à Osacca en passant par la mer Intérieure. Nous avons traversé d'abord le détroit de Hirado et je puis dire que j*ai rarement vu d'endroit plus ravissant. C'est un canal sinueux, large à peine de 200 ou 300 mètres et qui, sur une longueur de 1 ou 2 milles, offre le spectacle le plus varié et le plus enchanteur : ici, un château de daïmio semble couver de l'œil plusieurs hameaux de pêcheurs et vous transporte aux vieux temps de la féodalité; là, un promontoire avancé sert de site à quelque temple de Bouddha ou de Sineto ; partout l'œil se repose sur la plus fraîche des verdures. La végétation du Japon est une des choses les plus remarquables de ce beau'pays; on ne trouve nulle autre part un mélange pareil des faunes des tropiques et des climats tempérés; à côté de nos plus beaux arbres d'Europe, on aperçoit un groupe de bambous ou un bouquet d'énormes camélias, et le parfum du camphrier se répand au loin. Ah! j'espère bien qu'au temps de nos petits neveux, il aura été inventé quelque nouvelle machine avec laquelle on pourra traverser le monde en un rien de temps, et je les engage d'avance à venir
passer alors leur dimanche à la station de Hirado! '
La mer Intérieure est resserrée entre les trois grandes îles du Japon, Kiousiou, Sikok et Nipon ; elle est parsemée de mille et mille îlots, qui en varient l'aspect à Finflni et qui en font la plus jolie des promenades maritimes. On ne saurait croire combien de villages et de hameaux on aperçoit de tous côtés, perdus dans les ravines et dans les arbres; les maisons en sont propres et gaies, et le bonheur habite là certainement. Le Japon me rappelle sans cesse la terre qu'un de mes amis possède sur la rive d'un des lacs tes plus pittoresques de la Suisse; la propriété s'étendait autrefois jusqu'au bord même de l'eau ; elle était isolée ; on s'y sentait chez soi, et l'on pouvait, sans avoir à se préoccuper des voisins ou des passants, se donner le plaisir du bain ou se reposer sur les frais gazons. Tout à couple Canton décide la construction d'une grande route le long du lac; la société entière doit y gagner, et mon ami lui-même va vendre, probablement, ses récoltes plus cher... Mais adieu la tranquillité, adieu l'heureuse indépendance ; le progrès ne considère que le bien général, il ne peut pas s'arrêter devant le bonheur particulier!
La ville d'Osacca ne se trouve pas sur le bord même de la mer; elle en est éloignée de 3 ou