CHAPITRE XI
k milles et ne communique avec elle que par une rivière peu profonde, obstruée malheureusement à son embouchure par une barre des plus dangereuses. Les jonques japonaises peuvent s'y aventurer, mais les navires européens tirent trop d'eau pour y pénétrer et ils ont dû choisir pour point de chargement et de déchargement le port de Hiogo, situé à une vingtaine de milles de distance. Ce port et la ville d'Osacca devaient, d'après notre premier traité avec le Shiogoune, nous être ouverts dès 1863; cette date fut reculée ensuite de 5 ans, sur les instances réitérées du gouvernement de Yedo, et ce n'est que depuis le 1®' janvier dernier que les Européens y sont admis. Aussi, en débarquant à Hiogo, ou plutôt dans le faubourg que l'on nous a assigné et qui se nomme Kobé, me suis-je cru un instant dans un de ces « settlements » primitifs du Far-West américain. Nos négociants sont encore installés dans des maisons japonaises où les nattes servent de pupitres pendant le jour et de lit quand vient la nuit. Je me rappelle combien, la première fois que je voyageai dans l'intérieur des États-Unis, je fus frappé du contraste qu'offraient, au sein des forêts ou au centre de plaines ignorées, ces maisons bien alignées qui, du jour au lendemain, pour ainsi dire, surgissaient au milieu d'une nature encore vierge ; eh bien i Kobé m'a fait un peu
le même effet lorsque j'y ai vu vis-à-vis Tun de l'autre le bureau du négociant européen et la maison de bain japonaise où toute la journée, hommes, femmes et enfants viennent se mettre au frais, sans avoir Tair de se douter qu*U y ait des pas- 9ants.
J'ai entendu beaucoup de plaintes pendant mon séjour à Kobé : d'abord quand il y pleut, ce qui arrive souvent en juin, puisque c'est là l'époque des pluies au Japon, on est submergé sur cette plage de sable toute plate, véritable fond d'entonnoir formé par les collines qui l'entourent ; ensuite, plutôt que d'avoir doubles frais en ayant à la fois des comptoirs à Hiogo et à Osacca, chacun demande que Ton se décide exclusivement pour l'une ou l'autre de ces places. Je crains bien, hélas! que l'on li'arrive à aucun résultat, car, tandis que les uns penchent pour la ville commerciale par excellence avec son million d'habitants et ses riches banquiers, les autres trouvent que Kobé ferait mieux l'affaire de leurs navires; et la seule chose qui pourrait peut-être concilier tout cela, l'établissement d'un chemin de fer, éprouvera de trop grands retards avant que la lenteur japonaise se décide à y consentir.
J'ai eu ici une preuve nouvelle des changements que nous apportons à la valeur des choses au Ja-