CHAPITRE XII
très, j'espère du moins que mes amis seront contents d'avoir là-dessus une opinion parfaitement désintéressée, et que nul passé n'engage dans un sens ou dans l'autre. Je ne la donne toutefois que pour ce qu'elle vaut, et n'éprouverai aucune fausse honte à la modifier plus tard si les événements ne viennent pas justifier mes prévisions.
Le Japon, aux temps les plus reculés, nous apparaît gouverné par un descendant direct des dieux, sinon par un dieu lui-même, par le mikado, pouvoir spirituel et temporel tout à la fois. Pour la bonne administration de ses États, ou bien lorsqu'il voulut favoriser quelqu'un de ses fils cadets (car ce dieu se marie et a même plusieurs fenimes), le mikado délégua bientôt le gouvernement de ses provinces les plus éloignées à des lieutenants, nommés à temps dans le début, et qui de concession en concession obtinrent l'hérédité de ces charges dans leurs familles. Ces lieutenants, je ferais mieux de les appeler maintenant des princes, donnèrent à leur tour des privilèges héréditaires à leurs partisans les plus dévoués, et ainsi se créa peu à peu la féodalité qui existe encore aujourd'hui au Japon.
Le mikado resta le suzerain et les princes continuèrent à se prosterner comme par le passé devant l'auguste majesté du fils des dieux ; mais ils agirent
de plus en plus selon leur bon plaisir dans les limites de leurs États, si bien qu'un jour le mikado,désireux d'entraver cette marche vers une indépendance complète, crut devoir introduire un nouvel élément dans la machine gouvernementale et créa le poste de s/iio^foune, appelé souvent par nous taïkoune, sorte de maire du palais ou de généralissime chargé de faire exécuter les ordres du poijvoir suprême. Ces shiogounes imitèrent bientôt le jeu qu'avaient joué les princes : nommés d'abord pour un temps, ils aspirèrent à l'hérédité, et, à la fin du %n^ siècle, ils arrivèrent, après les usurpations successives de trois soldats de fortune qui pdrent le pouvoir l'un à la suite de l'autre, à dépouiller le mikado de ses dernières propriétés territoriales et à ne lui. laisser que son autorité spirituelle et son prestige divin, derrière lesquels ils s'abritèrent pour chercher à imposer autant que possible leurs propres décisions à tout le pays. Ces trois césars se nomment Nabounaga, Taïco- Sama et enfin Hiéas, le dernier et le plus célèbre de tous. L'accroissement de leur puissance et leur marche évidente vers la centralisation et l'annexion générale ne pouvaient qu'amener une lutte terrible entre eux et ces princes que nous avons vus si anxieux d'établir leur propre indépendance. Une coalition se forma contre Hiéas