‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 119 sur 168 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

et elle aboutit à la grande bataille d'Osacca, en 1615.

C'est ici qu'il importe de bien préciser, car

nt)us sommes arrivés à l'origine de l'erreur commise dans les appréciations de nos diplomates. La victoire de Hiéas ne le rendit pas maître souverain, et la lutte se termina, noii pas par une subjugation complète et par l'établissement d'un pouvoir central unique, mais bien par un compromis dont voici les bases : Hiéas eut la propriété territoriale de la belle province de Quanto, avec Yedo pour capitale, et, comme annexes en dehors des limites de sa principauté, les ports importants d'Osacca, de Nagasaki et d'Hakodadi. Il garda en outre le titre et le rôle de shiogoune, c'est-à-dire d'exécuteur des volontés du mikado. Les princes, eux, au nombre de 18 grands kokoushis et d'une certaine quantité de seigneurs moins importants, conservèrent chacun leurs États et formèrent entre eux, aussi bien qu'avec la principauté de Quanto, une sorte de confédération que l'on plaça sous la présidence, sous l'autorité même du mikado, nécessaire à l'indépendance relative de tous et dont le caractère divin ne pouvait du reste supporter aucune atteinte. Dans Tesprit de cette confédération, chaque prince restait souverain maître dans l'intérieur de ses États, ce n'était que pour les

questions étrangères ou pour quelques objets d'intérêt général que le mikado pouvait intervenir par l'intermédiaire de son shiogoune, en s'inspirant naturellement des opinions de la majorité.

La possession de la plus riche et de la plus forte des provinces du Japon et le rôle de shiogoune faisaient certainement de Hiéas le plus important de tous les princes; cela ne lui donnait cependant pas, comme on se Test trop imaginé chez nous, Tautorité d'un empereur temporel, et l'étude un peu plus approfondie de l'histoire réelle de cette époque eût sans doute empêché nos diplomates de se tromper comme ils l'ont fait.

Rien n'était venu changer la situation lorsque, 250 ans plus tard, nous obtînmes de renouer des relations avec le Japon. Le pays avait eu deux siècles et demi de paix et de tranquillité, aucun changement politique ne s'était produit; la seule chose que l'on eût pu remarquer et qui certes ne venait pas augmenter la puissance des successeurs d' Hiéas, c'était l'opposition que se faisaient, dans la famille même du shiogoune, les deux branches rivales des Xsiou et des Mito.

Nous arrivons, et aussitôt nous nous construisons un Japon de fantaisie; nous posons d'abord comme principe fondamental qu'il ne faut rien croire de ce que disent les Orientaux : le shiogoune prétend

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