‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 120 sur 168 · CHAPITRE XIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIT

qu'il ne peut consentir à l'accès des étrangers qu'après avoir obtenu l'autorisation du mikado et par suite des princes du Japon, il demande du temps pour cela..., la diplomatie civilisée y voit un subterfuge évident. Si le shiogoune se fait ainsi petit, c'est pour mieux nous tromper; effrayons-le d'abord en lui montrant nos canons, et, pour lui ôter tout prétexte, ayons Tair ensuite de lui offrir notre concours contre ceux des princes, ses vassaux, qui oseraient se révolter! Et ainsi nous faisons tant, que le shiogoune finit par sortir de ses attributions légales et se met à dos le reste du pays.

Alors les anciens souvenirs se réveillent, les princes de Satsouma, de Tcho-Chiou et d'autres ont encore sur le cœur leurs défaites de Sekinghara et d'Osacca, le mikado n'a pas pardonné à Hiéas la spoliation de ses domaines; on conspire, on achète des fusils, des canons, des steamers, on réveille surtout les sentiments religieux du peuple à l'égard de la personne divine du mikado, et un beau jour l'Europe étonnée apprend que le puissant taïkoune est en fuite, que le mikado reprend le pouvoir exécutif direct et la possession du Quanto et des villes d'Osacca, de Nagasaki, etc., et que, chose plus extraordinaire encore, tout cela n'altère pas d'une façon radicale la constitution poli-

tique du Japon. Il n'y a plus de shiogoune, voilà tout I

Maintenant il faudra sans doute un certain temps pour que l'équilibre s'établisse; les kokoushis du sud, et Satsouma tout particulièrement, qui ont été les instigateurs directs du dernier mouvement, ne résisteront peut-être pas à la tentation de profiter de leur position actuelle pour prendre une influence trop prépondérante auprès du mikado; les princes du nord, au contraire, qui toujours ont éprouvé peu de sympathie pour ceux du sud, demanderont son indépendance relative ; mais, quoi qu'il arrive, l'Europe saura que le shiogoune n'était pas un empereur, et qu'au mikado seul, représentant de l'opinion de la majorité, appartenait et appartient le droit de traiter au nom du Japon.

22 juillet 1868.

J'ai eu le plaisir de faire dernièrement la connaissance de M. de Montblanc, l'ancien représentant du prince de Satsouma à l'Exposition de Paris, et d'être invité par lui à l'accompagner à Kagosima. On sait que les États de Satsouma n'ont encore été ouverts qu'aux rares étrangers que ce prince y a lui-même appelés , et nul touriste n'avait encore eu, je crois, la bonne fortune de pouvoir les visi-

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