CHAPITRE XII
ter; il fallait pour cela rencontrer rhomme aimable et instruit qui, arrivé au Japon en- amateur, s'est pris d'un intérêt tel pour la politique de ce pays, qu'il y consacre maintenant tout son temps et toutes ses études.
Nous sommes partis par le navire cuirassé anglais, rOcean, et notre entrée dans la baie majestueuse de Kagosima a été aussitôt le signal d'une série de fêtes dont le souvenir réjouira longtemps tous ceux qui y ont participé. Ce peuple de Satsouma que Ton nous avait représenté comme si féroce, ces officiers si jaloux des étrangers, ces princes enfin si hautains, il fallait les voir tous nous entourer de prévenances et d'amabilités. C'était chaque jour quelque plaisir nouveau, et je suis encore à me demander si c'est bien un mois tout entier qui s'est écoulé là si rapidement pour nous.
Nous logions dans la maison japonaise qui, depuis un an, est affectée aux quelques Français que le gouvernement de Satsouma a fait venir d'après les conseils de M. de Montblanc, les uns pour instruire ses troupes, les autres pour développer les travaux de ses mines d'or et d'argent. Je n'ai pas besoin de dire que si les meubles y faisaient peutêtre un peu défaut , la cordialité et la gaieté n'y manquaient jamais, et que nous avons scellé là, à
23t SEIZE MOIS AUTOUR DU MONDE.
4,000 lieues de la France, une bonne et franche amitié.
La maison française est parfaitement située sur le bord de la mer, au milieu des arbres et du gazon, et la vue dont on y jouit est fort belle : à droite on aperçoit la ville adossée à de hautes collines touffues, devant soi c'est la nappe limpide et bleue de la baie, enfin, un peu à gauche, s'élance, du milieu même des eaux et sous forme d'une île majestueuse, le volcan du Sakourasima qui, couvert à sa base de plantations d'orangers, élève jusqu'à une hauteur de 4,000 pieds son cône cendré.
Nous avons donné un jour une jolie fête aux princes, qui, pour faire honneur à M. de Montblanc, avaient consenti à venir dîner, pour la première fois de leur vie, avec des Européens. Nous avions fait faire deux cents lanternes de couleur aux armes de la France, de Satsouma et de TAngleteiTe, et nous les avions disséminées dans le jardin; le capitaine Stanhope, de VOcean, avait bien voulu aussi nous envt)yer la musique du bord, et contribuer ainsi à faire voir à nos invités japonais comment on s'amuse en Europe.
Chaque jour amenait du reste son divertissement : c'était tantôt un carrousel donné par la cavalerie de M. Dubief ou un exercice de tir de l'artillerie de M. Laurent, tantôt un pique-nique