CHAPITRE XII
dans le parc d'Ysso ou plus souvent encore une longue promenade dans les rues de Kagosima. La ville est grande et belle; elle doit contenir près de 150,000 habitants et se divise en deux parties tout à fait distinctes : le quartier commerçant, d'apparence assez misérable, et celui des officiel^ qui est ravissant et qui n'est, je crois, surpassé nulle part au Japon. Les rues y sont larges, propres, sablées, bordées par des haies de verdure derrière lesquelles s'abritent, au milieu des arbres, des maisons bien simples mais toujours attrayantes. Si l'on me demandait de définir Kagosima en une seule phrase, je dirais que c'est une ville à la campagne. Oh se sent là si heureux que l'on ne s'étonne nullement de la gaieté bienveillante que Ton rencontre partout. Nous étions entourés sans cesse par une foule d'hommes et de femmes, aussi bien que d'enfants, avides certainement de voir des étrangers, mais qui ne s'écartaient jamais de la politesse la plus stricte. Quel ^ plaisir pour eux que de surveiller tous nos mouvements, de faire leurs remarques à haute voix, de répondre avec entrain et bonhomie aux mots d'amitié ou de plaisanterie que nous leurs adressions! Et quand nous voyions quelque jolie jeune femme, accoudée à la balustrade de son jardin et que nous la saluions en nous inclinant, comme
elle nous répondait gentiment et sans affectation I Quelquefois cependant nous faisions un peu peur aux petites filles, et il fallait les voir alors s'enfuir moitié inquiètes, moitié riantes et de la façon la plus comique, serrées qu'étaient leurs jambes dans leur petit foulard rouge.
Dans nos promenades nous finissions presque toujours par arriver devant quelque maison où Ton donnait une fête ; on nous faisait aussitôt entrer, nous nous asseyions au milieu des invités et nous assistions à la représentation d'une chibaya. C'est le divertissement par excellence du Japon ; il consiste en danses ou en petites scènes mimées, exécutées soit par de jeunes filles, comme je l'ai vu faire à Osacca, soit par des enfants de 10 à 12 ans, comme c'est l'usage à Kagosima; les Japonais en font leurs délices, mais pour moi j'avoue que ces gestes toujours les mêmes et cet éventail qui joue constamment le premier rôle me paraissent monotones et me laissent froid.
L'une de nos fêtes les plus intéressantes a été le dîner d'adieu que les princes nous ont offert la veille de notre départ. L'Océan nous avait quittés depuis longtemps, et la politique n'ayant plus rien à y voir, il s'agissait d'une réunion tout à fait intime. Nous fûmes reçus par deux des princes et par les ministres; nous échangeâmes, avec