‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 123 sur 168 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

toutes les cérémonies voulues, les salutations d'usage, puis nous nous assîmes à la japonaise, c'est-à-dire sur les nattes, en une ligne qui faisait vis-à-vis à celle de nos hôtes. Le repas commença par des sucreries, auxquelles succédèrent de poissons cuiti^, du poisson cru, du riz, des champignons et des sauces de toute sorte ; chaque service était apporté pour chacun de nous dans des bols de laque sur une petite table basse, et nous mangions, bien entendu, avec les baguettes chinoises. On se levait chacun à son tour pour aller prendre la tasse de celui auquel on voulait faire honneur, et on la vidait d'un seul coup, après l'avoir fait remplir par Tune des femmes qui nous servaient. Au milieu du dîner, les princes déclarèrent qu'il ne fallait pas rester plus longtemps en cérémonie et qu'ils allaient rompre les rangs; ils vinrent s'asseoir au milieu dé nous et bientôt le saki aidant, en même temps que le jeu de la morra, plus répandu peut-être au Japon qu'il ne Test même en Italie, la gaieté devint presque bruyante. On ne se sépara que fort tard et en se donnant rendez-vous à Paris, que le prince Bingo veut absolument voir.

Pour venir de Nagasaki à Kagosima, à bord de l'Océan, il ne nous avait fallu que vingt-quatre heures ; pour nous en retourner ce fut une autre

aflfaire, et nous eûmes à prendre une longue leçon de patience pendant les huit jours que dura notre voyage, partie à cheval, partie en jonque. Les Japonais n'ont décidément aucune idée de la valeur du temps, on ne les voit jamais se presser, et leur paresse saisit toutes les occasions de s'arrêter et de remettre les choses au lendemain. C'est le plus grand défaut que je leur reconnaisse jusqu'ici.

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