CHAPITRE XIII
muraille, au delà de laquelle la ville du peuple, des marchands et des artisans s'étend à perte de vue dans toutes les directions.
Les saskis dont se compose le quartier des daïmios sont tous bâtis dans le même style; chacun d'eux est une vaste cour, entourée, sur le bord de la rue, non pas d'une simple muraille, mais de longs corps de bâtiment formant dépendances et servant de demeure aux gens de la suite du prince; l'habitation de celui-ci et de ses principaux officiers est au milieu de l'enceinte et ne paraît pas aux yeux des passants. Une seule porte est percée dans ces corps de logis extérieurs qui, sombres et sévères, ont souvent plusieurs centaines de mètres de longueur sur un seul de leurs côtés; cette porte est en bois massif, et dans les beaux temps du taïkounat elle était garnie d'ornements de bronze et des armoiries du daïmio; aujourd'hui la révolution gouvernementale a tout changé, les ornements ont disparu, le quartier officiel est désert, l'herbe croît épaisse et haute dans les rues et la plupart de ces palais qui naguère comptaient par milliers les soldats et la suite de leurs maîtres ont à 'peine aujourd'hui un portier pour gardien. On ne saurait imaginer rien de plus triste , dans sa grandeur passée, que ce quartier officiel, abandonné maintenant que le taïkouue est exilé dans
2oO SEIZE MOIS AUTOUR DU MONDE.
une de ses terres et que les princes sont tous partis pour Kioto ou rentrés dans leurs domaines. Aussi je souhaite bien de voir se confirmer la nouvelle qu'on nous apporte à l'instant et qui annonce la décision du mikado d'établir à Yedo sa nouvelle résidence officielle.
Quant à la ville du peuple, qui se compose des mêmes maisons basses et des mêmes boutiques que j'ai déjà décrites en parlant du reste du Japon, elle est encore assez animée ; il est évident toutefois que si la crise actuelle devait se prolonger longtemps encore, Yedo en souffrirait extrêmement et que l'on pourrait même voir cette grande et belle capitale témoigner une fois de plus de Tinstabilité des choses humaines.
Nous avons fait plusieurs promenades en ville et dans les environs, soit à pied, soit en voiture. Nous sommes allés visiter le temple d'Ouéno et les jolies maisons de thé qui s'élèvent à Ehin-no-hatta, au milieu d'un petit lac couvert de nénuphars; nous avons passé une soirée dans le grand jardin du taïkoune, si bien entretenu autrefois sur le bord même du golfe, et négligé aujourd'hui de la façon la plus affligeante. Nous avons déjeuné dans la campagne d'Ooji, dans un petit pavillon bâti sur le bord d'une fraîche rivière ; nous avons visité le grand temple d'Asaksa et vu les deux chevaux