‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 130 sur 168 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

blancs que chaque matin les prêtres amènent devant la statue de la déesse O'Quannon-sama en lui demandant si elle ne désire pas faire quelque promenade. Autour de ce temple célèbre dans tout le Japon, de nombreux marchands ambulants tiennent une foire perpétuelle qui attire toujours une foule énorme de ces Japonais, si heureux quand ils peuvent échapper au travail et se livrer à la flânerie; là on peut voir les marionnettes et les automates, l'homme caoutchouc et le décapité parlant . Nous avons descendu en bateau le fleuve d'Ogawa qui traverse la ville et dont les- nombreux affluents, canaux et rivières, facilitent de tous côtés le transport des marchandises. Ce fleuve se jette dans la baie de Yedo juste au pied de la concession européenne que Ton est en train de préparer pour nos négociants et qui sera parfaitement située. Malheureusement la baie n'a que très-peu de profondeur en face de Yedo et nos navires seront obligés de mouiller à une distance de plusieurs milles. Notre dernière promenade et la plus belle de toutes a eu pour but d'abord la colline d'Atango-yama, d'où Ton découvre certainement le panorama le plus étendu sur la ville, ensuite les tombeaux des taïkounes, immense et magnifique parc où, au milieu d'arbres séculaires, s'élèvent de nombreux temples, d'une architecture

si gracieuse et si pure que je me suis rappelé aussitôt les monuments de Tempire du Grand- Mogol. Mais aux Indes la palme, la palme toujours t Rien ne peut et ne doit se comparer au Taj d'Agra. Enfin nous avons voulu voir aussi la place où s*est passée l'une des scènes sanglantes les plus dramatiques auxquelles ait donné lieu nolfe arrivée au Japon : je veux parler du meurtre du gotaïro, et pour bien le faire comprendre je dois donner d'abord quelques détails préliminaires. Lorsqu'en 1853 la flotte américaine, sous les ordres du Commodore Ferry, parut tout à coup dans la baie de Kanagawa et demanda la conclusion d'un traité (d'amitié, il y eut grand émoi à Yedo. Le prince de Mito, F un des plus jH'oches parents de la famille taïkounale, se mit à la tête du parti ultranational et s'opposa vivement à toute dérogation aux lois sacrées de Gongen>sama qui interdisaient aux étrangers l'accès du pays. Le taïkoune Minamotto Seshi se contenta de demander au commodore Perry un délai de quelques mois, nécessaire pour réunir un grand conseil de tous les daïmios, et peu de jours après il paya de sa vie cet acte de modération. Son fils, Minamotto, Sesada lui succéda sous la tutelle du régent ou Gotaïro Ikammo-no-kami. Celui-ci se décida pour la même politique temporisatrice qui devait, selon lui, don-

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