‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 133 sur 168 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

ces travailleurs si persévérants et si économes, ne s'efforçaient de les décourager par toutes sortes de tracasseries et n'avaient même obtenu de la législature de rÉtat plusieurs lois qui leur sont contraires.

La première impression que produit San-Francisco est toute différente des souvenirs que Ton a du Japon. Il ne s'agit plus ici de fraîche verdure, de délicieux bosquets, de la manière facile, trop facile, il faut le dire, mais pleine de charmes, dont les Japonais prennent la vie. On sent, dès le premier instant, que Ton est sur une terre où les idées, les mœurs, les croyances, doivent être autres, où la vie contemplative est remplacée par rénergie, où Thomme ne se croit pas appelé à jouir seulement des bienfaits de la Providence, mais surtout à concourir par ses efforts et son travail au développement du monde, au progrès!

Ce progrès est sans doute trop matériel chez les Américains, il est trop accentué dans le sens de l'argent et de la fortune au détriment souvent de la moralité; mais c'est une belle œuvre que celle qui consiste à peupler une terre nouvelle, à tirer parti de son sol, à y créer enfin chemins de fer et télégraphes. Et si, au moment où l'on a quitté le Japon, le séjour par excellence de la politesse, de la -sociabilité, du sentiment de l'honneur et du

mépris de la richesse, on est heurté par la rudesse de rAméricain, par son âpre amour du gain, par son habitude d'évaluer tout en dollars, qu'il s'agisse de sentiment ou de toute autre chose, par le peu de soins enfin qu'il se donne pour jouir de la vie et pour la rendre agréable à ses voisins, il faut avouer que cette nation s'entend merveilleusement au développement pratique de l'immense pays qui lui est échu en partage. Excusons donc chez elle bien des défauts, car il s'y trouve aussi bien des qualités !

San-Francisco, qui, chacun le sait, ne date que de 18/|8, compte déjà 140,000 habitants et son avenir est superbe. Elle possède le seul beau port que Ton rencontre le long de la côte sur une distance de 500 lieues, et elle concentrera donc toujours le commerce d'une immense étendue de pays. Sa prospérité, que pendant quelques années on pouvait croire subordonnée au succès des mines de l'intérieur, est doublement assurée aujourd'hui par l'extension de' plus en plus considérable de l'agriculture qui, sous l'influence d'une fertilité extraordinaire, permet déjà à ce nouvel État d'envoyer jusqu'en Europe ses blés et ses grains. Outre ses exportations de métaux précieux, de céréales, de laines et de vins, son commerce recevra un stimulant nouveau par l'achèvement

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