CHAPITRE XIV
prochain de ce grand chemin de fer du Pacifique qui, passant hardiment par-dessus la sierra Nevada et les montagnes Rocheuses, permettra de franchir en quelques jours les 1,000 lieues qui séparent New-York de la Californie, et accroîtra de toutes parts l'importance de ce pays, aussi bien vis-à-vis de la Chine et du Japon que des États de l'Atlantique et de TEurope. Si donc la jactance américaine est tolérable quelque part, c'est peutêtre ici !
Je ne suis resté que quatre jours à San-Francisco. Le touriste ne trouve pas grand charme aux collines de sable ou de pierre sèche sur lesquelles la ville est bâtie, et je vais me mettre en route dès ce soir pour traverser le continent américain par les plaines du grand lac Salé où m'attirent les Mormons, et par les défilés des montagnes Rocheuses où je tiens à voir les travaux du chemin de fer. La saison est déjà très-avancée, mais j*ai le bonheur d'avoir pour compagnon de route un voyageur passionné, M. Ruissonnet, que l'intérieur de la Chine, les déserts de la Mongolie et les froids de la Sibérie ont préparé à toutes les difficultés, et j'espère qu'à nous deux nous arriverons à surmonter tous les obstacles.
29 novembre.
Nous nous sommes arrêtés d'abord à Grass- Valley, charmante petite ville de 7,000 habitants, qui, plus rapprochée de la capitale que les autres centres miniers, a déjà perdu le cachet de sauvagerie et de brutalité que nous trouverons un peu plus loin. L'agriculture s'y est déjà mêlée aux travaux des mines, et tout le monde semble s'y plaire. La Californie est, du reste, un pays de cocagne pour les gens laborieux, résolus, qui, n'attachant pas grande importance à une éducation soignée et aux raffinements d'une société plus policée, cherchent plutôt leur bonheur dans le travail et dans leur indépendance individuelle.
On se rend fort bien compte à Grass-Valley des trois méthodes que Ton emploie pour exploiter les richesses aurifères de la Californie. L'or s'y trouve soit dans des veines de quartz, soit dans des collines de sable, soit dans le lit des rivières actuelles ou d'anciens cours d'eau desséchés. Dans les premières années on s'est occupé surtout des rivières; c'était l'exploitation la plus facile, car elle se réduisait à en tamiser le fond et les berges, mais elle est aujourd'hui à peu près épuisée et ne se fait plus que par quelques individus isolés, par des Chinois principalement. La seconde manière,