‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 141 sur 168 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

jeunes filles qui, sans aucun accompagnement, ont su chanter d'une façon remarquable; puis, après une prière, le fils aîné de Brigham Young, homme de Z|0 ans, en gilet de velours à carreaux, redingote marron et la main dans la poche, s'est avancé sur le devant de l'estrade et a fait un discours si original que j'en veux citer textuellement quelques passages :

« Quelle religion le Christ est-il venu prêcher Sur terre, a-t-il dit? Avant tout la paix! Eh bien! il ne s'est jamais commis plus d'atrocités, il ne s'est jamais déclaré plus de guerres civiles qu'au nom du christianisme. D'où cela peut-il venir si ce n'est de ce que les chefs de cette religion n'ont pas suivi les instructions de Jésus et sont tombés dans l'erreur aussitôt après la mort des apôtres. Aujourd'hui tous les chrétiens, qu'ils s'appellent catholiques, protestants ou n'importe quoi, sont hors de la bonne voie; les Mormons seuls sont heureusement là, et c'est à eux, saints du Dernier Jour, à régénérer le monde. Pleins de foi dans leur mission divine, ils doivent marcher à leur but avec courage et confiance.

« Tout ne leur prouve-t-il pas qu'ils sont les élus du Seigneur? les voici qui, proscrits, tracassés de toutes manières, ont su venir s'établir au milieu d'un désert, à proximité des Indiens sauvages, y

fonder une grande ville, y créer une agriculture des plus avancées, y mener une vie heureuse et honorable, rejeter enfin loin d'eux l'ivrognerie, le meurtre, les maisons de jeu et de tolérance qui déshonorent les pays voisins. Il faut rendre grâces à Dieu de tous ces bienfaits, mais en même temps il faut avoir soin de ne pas s'arrêter à mi-chemin. Les prophéties, que Ton doit toujours prendre à la lettre, promettent aux Saints du Dernier Jour l'empire du monde; l'Europe et l'Amérique avec toutes leurs richesses, et l'on ne sait pas à combien de milliards de dollars il faut les évaluer, tout cela deviendra la propriété des Mormons..., à une seule condition cependant, c'est qu'ils persévèrent, qu'ils restent unis, que surtout ils aient confiance dans les chefs qui sont à leur tête. Quelques esprits timorés, infidèles, se plaignent d'avoir à payer à l'Église la dîme de leurs revenus; mais oublient-ils donc ce que leurs chefs ont fait pour eux et perdent-ils de vue le but magnifique qu'ils ont à atteindre : courage donc, confiance et concorde! »

Et, comme pour terminer dignement ce discours si curieux, l'orateur tira sa montre et s'écria : « J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais je vois qu'il est temps pour chacun d'aller édjeuner. »

Notre séjour chez les Mormons n'eût pas été

Page 1