I. — BOxMBAY
La portion de l'Inde dont Bombay est la capitale commerciale s'appuie sur le golfe d'Oman et comprend, grosso modo, tout le pays que contiendrait un arc de cercle dont Bombay serait le centre et qui aurait 200 lieues de rayon. Depuis l'embouchure de rindus au nord jusqu'à la côte Malabar au sud, on rencontre bien quelques petits ports, et particulièrement celui de Kurrachee, qui, placé à l'entrée du Scinde, a fait concevoir un instant des espérances exagérées; mais le seul point réellement important est la baie admirable où toutes les flottes du monde tiendraient à Taise et en toute sécurité. Dès le premier coup d'œil, on comprend que tout le grand commerce se soit concentré à Bombay, que les Européens y aient établi leurs comptoirs
principaux et leurs banques, qu'une population, enfin, d'un million de Parsis et d'Hindous en ait fait la ville la plus populeuse de toute l'Inde.
Les fluctuations considérables qui, à la suite de la guerre américaine, ont eu lieu ces dernières années dans les prix des deux principaux articles de Bombay, le coton et les produits manufacturés, rendent très -difficile l'évaluation en francs de l'importance de ses affaires. Les chiffres que je vais citer ne seront donc pas les statistiques officielles de l'année dernière ou de Tune des années précédentes; je crois donner une idée plus juste en prenant pour base de mes calculs une valeur moyenne de 100 fr. par 50 kil. pour le coton Surate et des cotes proportionnelles pour les produits manufacturés.
Dans ces conditions, on peut estimer le commerce annuel de Bombay :
Pour l'exportation. . F. 600 millions.
Pour rimportation en marchandises. ... « 300 — Pour rimportation en argent et en espèces. « 250 —
Ces chiffres peuvent se subdiviser comme suit :
A l'exportation.
En coton brut 400 millions.
En opium 125 —
ËQ produits manufacturés faits dans le pays même ou réexportés par mer pour les ports
voisins - 40 millions.
En laine 15 —
En sel '. .5 —
En filés de coton 5 —
En graines oléagineuses et en café 10 —
Et à rimportation.
En produits manufacturés 140 millions.
En métaux 40 —
En sucre 25 —
En coton filé 15 —
En matériel de chemins de fer 15 —
En herbages • 12 —
En soie brute 12 —
En soie manufacturée 7 —
En vins et liqueurs 6 —
En charbon. 6 —
L'exportation du coton, qui, en 1867, a compté 1,175,000 balles, comprenait 1,056,000 balles pour TAngleterre, 71,000 balles pour le reste de TEurope et 48,000 balles pour la Chine. Les 30,000 caisses d'opium ont été expédiées toutes en Chine. Quant à Timportation , elle provient pour la presque . totalité de l'Angleterre ou de ses colonies.
Les chiffres que je viens de citer suffisent pour donner une idée de l'importance actuelle.de Boni-
bay; son avenir est plus brillant encore. Oatre la progression naturelle de ses affaires, progression générale pour toute l'Inde qui, en dix ans, de 1856 à 1866, a presque triplé son commerce extérieur, Bombay profitera plus qu'aucun autre port de rétablissement des chemins de fer indiens. Sa proximité de l'Europe devra attirer à lui non-seulement une portion des produits les plus précieux de la vallée du Gange, tels peut-être qu'une partie des indigos et des soies, mais encore et surtout en fera, dans quelques années, l'entrepôt par excellence pour les produits manufacturés. Cela me paraît d'autant plus probable qu'il se manifeste depuis quelque temps une tendance toute nouvelle à expédier les articles de Manchester, non plus par l'ancien mode des bateaux à voile, qui exigeait quatre mois, mais bien par la voie rapide des steamers de la Méditerranée et de Suez. Aujourd'hui déjà les trois quarts des étoffes de coton qui arrivent à Bombay prennent cette nouvelle route, et, dans toutes ces conditions, avec le trafic des marchandises, des malles et des passagers qui se dirigera de plus en plus de ce côté, je regrette vivement, monsieur le Ministre, que les Messageries impériales continuent à négliger Bombay pour n'aller qu'à Calcutta.
Le riche commerce de Bombay n'est pas exclu-
sivement entre les mains des maisons anglaises; il est à remarquer, au contraire, qu'ici, plus que dans aucun autre port, l'élément natif joue un grand rôle dans les affaires extérieures. A côté des Anglais il y a aussi les Allemands, les Suisses et les Grecs; quant à la France, elle n'est représentée encore que par une agence du Comptoir d'escompte et par une seule maison de commerce, celle de MM. Jules Siegfried et Compagnie, à côté de laquelle il y a évidemment place encore pour bien des Français.