CHAPITRE II
très-froid et contre une pluie battanlQ. Je dois du reste m'attendre à quelques ondées, car nous sommes dans ce qu'on appelle ici Ja saison des pluies.
Rien d'intéressant à signaler dans ma journée, si ce n'est qu'au lieu d'habiter ma tente, je couche cette nuit à Zebdani dans une maison musulmane où l'on nous a bien accueillis.
88 octobre.
Le temps s'est heureusement remis au beau hier matin et nous avons pu nous mettre en route dès le point du jour. Nous avions à faire, pour arriver à Damas, une forte journée dont je ne conserverai, je le crains, d'autre souvenir que celui d'un soleil brûlant au milieu d'un désert rocailleux.
Vers quatre heures du soir, enfin, au moment où nous atteignions le sommet d'une colline, nous avons aperçu tout à coup à nos pieds la vaste oasis de Damas, entourant, enserrant de sa fraîche verdure cette antique et grande ville aux trois cents mosquées. Quand on passe ainsi subitement de l'aridité à ce riant aspect, l'œil est délicieusement charmé ; la surprise est toutefois moins grande qu'on ne pourrait le croire, car Damas est un des
sites que rimagination se représente le mieux. C'est néanmoins un beau spectacle que celui d'une ville de 150,000 habitants, enfouie dans une île de jardins dequelque chose comme dix: lieues de tour. Et quand on y pénètre et.qu'on voit que cette verdure est composée presque exclusivement d'abricotiers gigantesques, aussi grands que nos noyers, on se sent décidément dans le pays du soleil.
Les rues de Damas n'ont rien de curieux par elles-mêmes; les musulmans enlaidissent à plaisir Textérieur de leurs maisons, pour donner doublement de soins à leur installation intérieure. Ce sont ces maisons qu'il faut visiter, car rien n'est charmant comme les habitations des familles riches de Damas. On y pénètre par une porte basse, curieuse déjà, car on est obligé de se courber en deux pour pouvoir y passer, et l'on entre dans une première cour, très-simple encore et destinée à empêcher les visiteurs d'arriver trop rapidement dans la cour centrale. Celle-ci est ravissante : au centre, un bassin où murmura fraîchement une fontaine d'eau courante, ombragée par de grands
orangers; tout aulour des dalles de marbre conduisant, ici au grand salon, plus loin à la salle à manger, là surtout au fumoir que l'on rêve et qui, ouvert entièrement du côté de l'entrée, représente une vaste niche à pans coupés, garnie de larges