CHAPITRE IL
divans, de coussins de soie, de tapis de Perse et de petites tables en nacre. Le salon est plus riche encore; ses murailles sont littéralement incrustées de marbre, de pierres précieuses et de nacre, elles sont couvertes de riches trophées d'armes; le plafond resplendit d'arabesques entremêlés de petits miroirs aux mille formes ; enfin le plancher, recouvert de tapis moelleux, offre cela de particulier, c'est que le fond de la salle est surélevé d'environ un pied sur l'entrée et forme comme une estrade d'honneur où le seigneur et maître reçoit ses visites. Qui s'attendrait à toutes ces splendeurs en voyant les murs de pisé de l'extérieur, et combien il faut se garder de juger des mœurs de l'Orient par ce qu'on voit dans les rues I
Le bazar ou plutôt les bazars de Damas ressemblent à tous ceux de l'Orient, à ne juger que par le premier coup d'œil ; mais que de richesses quand on fouille un peu! quelles armes anciennes, quelle antique vaisselle de cuivre ciselé d'or et d'argent, quelles soieries damassées! J'y suis resté six heures durant et n'ai pu m'en arracher que lorsqu'il ne me restait plus que 15 francs en tout et pour tout.... 15 francs pour mon argent de poche d'ici à Jérusalem! Dans le choix des armes, il faut être très-prudent ; les fameuses lames de Damas ne se fabriquent plus depuis plusieurs siècles
et quelques marchands se fournissent sans scrupule en Belgique ; ce n'est que par exception que l'on met la main sur une véritable rencontre.
C'est de Damas que part chaque année la caravane sacrée de la Mecque ; de tous temps, du reste, cette fertile oasis a été un des lieux de passage les plus fréquentés ; c'était la halte la plus naturelle pour les caravanes apportant les produits de Flnde et pour le commerce de Palmyre et de Bagdad, et la Bible en parle dans la Genèse comme contemporaine d'Abraham. Son histoire est des plus intéressantes, depuis les Juifs jusqu'aux Romains, depuis la conversion de saint Paul jusqu'aux ravages de Tamerlan qui, au commencement du XV® siècle, passa tous ses habitants au fil de l'épée, en ne faisant grâce qu'à quelques armuriers qu'il transporta en Boukharie.
30 octobre.
Je ne savais pas pourquoi les connaissances qu'Achmet rencontrait sur notre chemin l'appelaient Abou-Ibrahim ; il vient de m'en donner l'explication : Abou signifie père, et le fils aîné d'Aclimet se nomme Ibrahim; c'est encore là une des preuves de l'importance que les musulmans attachent à leur postérité, de même qu'à leur généalo-