DU COTON INDIEN
La récolte de coton dans l'Inde s'est élevée, ces dernières années, au chiffre moyen de 1,850,000 balles par an.
Je n'inclus pas dans cette quantité les 300,000 balles que, d'après les meilleurs renseignements que j'aie pu avoir, j'estime devoir être consommées dans le pays même.
On peut diviser en trois grandes régions les principaux districts cotonniers de l'Inde ; ce sont :
La région de Bombay, exportant 1 ,100,000 balles ;
Lgs provinces du Nord-Ouest, dont la récolte passe par Calcutta, 400,000 balles;
La région du Sud, représentée par Madras, Cocanadah et Tuticorin, 350,000 balles.
On pourrait peut-être faire une division de plus pour les cotons produits le long de l'Indus, depuis Kurrachee jusqu'à Lahore ; mais comme leur chiffre
n'atteint pas 100,000 balles et qu'en outre la plus grande partie d'entre eux sont dirigés sur Bombay et sur Calcutta, il me semble que leur importance ne mérite pas que je m'y arrête davantage.
Les trois grandes' régions de Bombay, du Nord- Ouest et du Sud se subdivisent à leur tour de la manière suivante :
1° Les districts qui forment comme un demicercle autour de Bombay sont :
Le Bérar, les provinces centrales et le Kanddish, dont les cotons sont connus sous le nom d'Omawuttee et d'Hingenghaut, produisant 400 à 450,000 balles;
Le Guzerat, dont les cotons sont nommés les DhoUerab, 350 à 400,000 balles;
Le Dharwar, dont les principales sortes sont les Comptah et les Sawginned, 150 à 200,000 balles;
Le rayon des Broach, 100,000 balles;
2^ Les districts du Nord-Ouest sont groupés autour d'Agra dans un cercle dont la circonférence passerait par Delhi, Jeypoor, Gwalior et Cawnpoor, et leurs marchés principaux sont Agra, Allyghar, Mutra etBolundshuhum. J'ai déjà dit que leur récolte était de 400,000 balles qui toutes sontexpédiées à Calcutta, et qui sont baptisées là du nom plus ou moins exact de cotons de Bengale. La ville d'Agra a reçu à elle seule, en 1867, 150,000 balles, qu'elle
a réexpédiées deux tiers par chemin de fer et un tiers par des bateaux qui, descendant le Gange, mettent de trois à quatre mois pour arriver à Calcutta. Il est probable que lorsque le chemin de fer sera complété d'Agra jusqu'à Bombay, ce dernier port recevra une partie des cotons des provinces du Nord-Ouest;
3« La région du Sud comprend d'abord les cotons qui, au chiflfre de 200à 250,000 balles, aboutissent à Madras et proviennent pour la plus grande part du rayon de Bellary et le reste du Mysore et du Salem; ensuite ceux qui, au nombre de 60,000 balles, sont dirigées sur Gocanadah et proviennent du Nizam ; enfin les Tinnevelly, dont la récolte de 40,000 balles se fait auprès de Tuticorin et s'expédie par ce port.
L'exportation des cotons indiens se fait pour les cinq sixièmes sur l'Angleterre et le reste se répartit entre la Chine, la France et le continent.
Au point de vue de leur qualité, ils peuvent se ranger dans Tordre suivant : les cotons de Bombay sont les meilleurs, puis viennent ceux de Madra's, de Cocanadah et de Tuticorin, ensuite ceux de Calcutta et en dernier lieu ceux de Kurrachee. Les cotons des Indes ne valent pas ceux des États-Unis, dont le brin est plus long, et, bien que leur qualité se soit beaucoup améliorée ces dernières années.
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grâce aux soins qu'on donne maintenant à leur culture, ils se vendent encore de 20 à 30 pour 100 moins cher sur les marchés d'Europe. Du reste, dans l'état actuel de notre industrie et avec les progrès qu'elle ne cesse de faire, la question de qualité devient tout à fait secondaire, celles des prix et des quantités occupent le premier rang.
Ce n'est que depuis quelques années que la récolte atteint les chiffres de 1,800,000 balles; elle n'était, il y a dix ans, que de 6 à 800,000 balles. La culture s'est développée presque subitement sous l'influence de la disette de coton, qui a été pour l'Europe la conséquence première de la guerre américaine, et l'on doit se demander si elle pourra se maintenir avec des prix plus normaux. J'ai cherché à m'édifler sur ce point en parcourant le Bérar, les provinces centrales et celles du Nord- Ouest, et j'ai vu que, là du moins, il était probable que la culture se maintiendrait. Les grands profits de ces dernières années ont permis au cultivateur, très-pauvre auparavant, de se débarrasser en grande partie des usuriers de village (sowcars) qui le tenaient dans une espèce de sujétion et le décourageaient à force d'exactions. Aujourd'hui le paysan peut mettre quelque argent de côté, et il travaille avec d'autant plus de zèle. Il s'occupe généralement de planter d'abord toutes les céréales
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dont il a besoin pour sa subsistance et particulièrement une espèce de millet qu'on appelle le jewaree, ensuite il cherche quel est le produit qu'il pourra vendre le plus facilement pour de l'argent comptant, et ce produit est avant tout le coton, qui toujours et dans les plus petits endroits trouve des acquéreurs empressés.
Plusieurs personnes établies dans Tintérieur m'ont dit que dans ces conditions il ne fallait pas élever à plus d'une quarantaine de roupies (parité d'environ 20 francs par 50 kilogrammes rendus en France) le prix que le coton coûte au cultivateur et qui évidemment laissera toujours une marge très-grande sur les cours de Liverpool et du Havre. J'ai entendu objecter à Bombay qu'à moins de prix élevés pour le coton, les natifs auraient avantage à s'occuper plutôt des céréales, très-chères en ce moment; mais j'ai pu voir que la valeur de ces dernières dépendait des cotes du coton beaucoup plus que nos idées européennes ne nous le feraient supposer, et que cet argument ne méritait pas d'être pris en trop grande considération.
Il ne faut pas oublier non plus que les Anglais sont très-désireux de faire de l'Inde un pays producteur par excellence pour la matière première dont Manchester a si. grand besoin, que le gouvernement indien a institué à cet eflfet des commis-
saires spéciaux chargés d'encourager de toutes manières cette culture; qu'enfin, si grande que soit déjà rétendue des terrains affectés au coton (étendue d'autant plus considérable que la production ne se monte qu'à une moyenne de 60 à 70 livres anglaises de coton égrené par acre, soit 68 à 78 kilogrammes par hectare) il y a encore aux Indes énormément de terres propres à cette culture.
En somme et pour me servir des expressions de M. Rivett Carnac, commissaire cotonnier pour les provinces centrales et le Bérar, et de M. J.-A.-G. Gilmour d'Agra, dont je désire citer les noms pour les remercier du concours qu'ils m'ont prêté, je crois que, même à un prix de 120 roupies, c'est-àdire d'environ 50 francs au Havre, la récolte cotonnière des Indes ne diminuerait pas sensiblement. Il pourra y avoir des années, comme celle-ci peutêtre, où des pluies prolongées ou d'autres causes affecteront le rendement par acre, mais la quantité des terrains cultivés ne diminuera probablement pas.
RAPPORT