‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 151 sur 168 · SUR LA COCHINCHINE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

SUR LA COCHINCHINE FRANÇAISE

Monsieur le Ministre,

En venant planter son drapeau sur le sol de la Cochinchine, la France a eu la main heureuse, et je ne crois pas que Ton eût pu mieux choisir parmi les contrées libres encpre de Fétreinte envahissante de l'Angleterre ou de l'étroite domination des Hollandais et des Espagnols. Placée comme elle Test aux portes de T^mpire chinois et sur la grande route qui relie l'Europe à Textréme (îrient, la Cochinchine est à la fois une position politique de premier rang et un établissement colonial d'une importance modeste, il est vrai, mais d'une prospérité certaine. Au point de vue politique, elle est un magnifique point d'appui pour nos forces navales, grâce à son port de Saigon, qu'une rivière

profonde rend accessible à nos vaisseaux, en même temps que quelques torpilles suffiraient à le défendre; au point de Tue colonial, elle a sa fertilité si renommée et un débouché assuré pour ses produits auprès des 3 ou &00 millions d'habitants qui peuplent la Chine.

Notre nouvelle possession semble faite pour les cultures les plus riches : la soie, le tabac, le coton, les cocotiers, le sucre, s'y trouvent tous et pourraient y prendre de l'importance à côté des grandes quantités de riz qui forment jusqu'ici la base de Tagriculture du pays. Et partout les communications se font facilement par une quantité innombrable de canaux naturels qui, partant de nos fleuves principaux, parcourent en tous sens notre beau delta et y portent la fertilité et la richesse. Nous avons en outre le bonheur d'avoir trouvé là une population douce, agricole avant tout, facile à gouverner, parce qu'elle s'occupe peu de haute politique, et qu'elle demande seulement le respect de la liberté communale dont elle a joui de tout temps et qui est si bien comprise, qu'elle pourrait servir de modèle à beaucoup de nations européen nés i ^

Il est bon toutefois, pour contenir dans de justes proportions l'idée favorable que l'on peut, à bon droit, avoir de notre colonie, de se rappeler qu'elle

n'occupe jusqu'à présent qu'une superficie dix fois moindre que la France et que si, grâce à la prospérité que nous pouvons y amener, sa population peut facilement doubler en peu de temps, elle ne compte encore que 2 millions d'habitants, dont à peine un millier d'Européens. On peut y ajouter, il est vrai, le royaume de Cambodge, qui compte 1 million d'habitants, et dont nous avons le protectorat, et nous arriverons peut-être aussi à tirer parti plus tard du gi'and fleuve du Mé-Kong, qui traverse tout le pays du Laos et va même jusqu'à la province chinoise du Yunan, mais que,, jusqu'ici, les premières nouvelles de l'expédition scientifique de M. de Lagrée nous représentent malheureusement com me barré en plusieurs endroits par des rapides infranchissables.

En somme, et tout bien pesé, nous avons là une possession dont on peut certes obtenir d'excellents résultats et qui nous offre un champ suffisant, pour le moment, pour nous donner l'occasion de prouver que, nous aussi, nous nous entendons à la colonisation.

Les rapports que j'ai l'honneur de vous adresser, monsieur le Ministre, visent avant tout aux questions commerciales; pour la Cochinchine, cependant, l'examen du commerce touche de si près à l'agriculture et à l'administration, que vous

APPENDICE. 3li

me permettrez, je Fespère, de m'occuper successivement de chacun de ces trois sujet$.

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