II. — COMMERCE
Le gouTernement de la Cochinchine s'est inspiré des doctrines les plus saines de l'économie politique, et il a rendu le plus grand service au commerce en le déclarant entièrement libre. Il n'y a, en Cochinchine, ni droits d'entrée ni droit3 de sortie sur aucune marchandise (l'opium excepté); les formalités de douane y sont inconnues et les navires ne payent, en tout et pour tout, qu'un petit droit d'ancrage et de phare. Toutes les nations y sont conviées sur le même pied d'.égalité, et les produits de tous les pays y sont admis indistinctement; Je ne saurais trop féliciter l'administration sous ce rapport; il eût été impossible d'agir mieux qu'elle ne l'a fait.
Le commerce ne doit demander et ne demande aux gouvernements que trois choses : la sécurité politique, la justice et la liberté. En dehors de cela, il doit marcher par lui-même, et si malheureusement les négociants français jouent, même en Cochinchine, un rôle tout à fait secondaire, ce n'est pas à l'administration qu'ils doivent s'en prendre,
c'est à eux-mêmes. Si le commerce de Saigon est bien plus entre les mains des étrangers qu'entre les nôtres, ce n'est pas là faute du gouvernement, c'est celle de chaque Français en particulier!
La grande exportation est faite en Gochinchine par les Chinois, les Allemands et les Américains ; deux ou trois maisons françaises, au plus, y participent un peu ; quant aux Anglais, ils laissent encore notre colonie de côté. L'importation se fait bien par des Français pour les vins, les spiritueux et les articles de Paris destinés à la consommation locale européenne; mais les grosses affaires de ventes aux indigènes se font plutôt par les Chinois, qui vont acheter des produits anglais à Singapore et les placent ici à. des conditions plus douces que les maisons européennes. Il est intéressant, du reste, de voir à l'œuvre ces Chinois, travailleurs infatigables, se contentant de petits bénéfices souvent répétés, honorables dans leurs affaires et qui nous aident, plus qu'aucune autre nation, dans le développement des ressources de notre colonie. Ils n'y sont encore que iO,000, mais il est à espérer que leur nombre augmentera d'année en année.
L'importance commerciale de Saigon s'est développée très-rapidement depuis l'occupation française. Elle est arrivée à donner l'année dernière les résultats suivants :
L'exportation, outre quelques articles secondaires tels que les poissons secs pour une valeur de 1,500,000 francs et la soie pour 350,000 fr.; a consisté surtout en 3,200,000 piculs de riz, d'une valeur de 21,000,000 de francs, donnant un aliment de 192,000 tonneaux à la navigation et répartis comme suit :
Pour Hong-Kong 2,000,000 de piculs i.
Pour le reste de la Chine. . 300,000 —
Pour Singapore 355,000 —
Pour Maurice et Bourbon. . 180,000 —
Pour r Angleterre 155,000 —
Pour le Japon 70,000 —
Pour la France 60,000 —
Pour le Brésil 15,000 —
Pour la Guadeloupe. . . . 10,000 —
Pour Brème 9,000 —
Pour l'Australie 6,000 —
Quant à l'importation, elle a compris surtout des cotonnades pour une valeur de 6,500,000 francs, de Topium pour 1,500,000 francs et divers articles secondaires plus spécialement destinées à la consommation locale des Européens et que je crois devoir négliger. J'ai dit déj^ que la presque totalité de ces cotonnades était de provenance anglaise et