‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 155 sur 168 · III. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

III. — AGRICULTURE

Le gouvernement s'est inspiré, dans la constitution de la propriété territoriale en Cochinchine, des mêmes principes libéraux et éclairés que déjà

j'ai eu Foccasion de signaler en traitant de la question commerciale.

Nous avons trouvé à notre arrivée ici que, faute d'une population suffisante, une grande portion des terres était encore inoccupée. L'administration, après avoir laissé à toutes les réclamations le • temps de se produire, s'est déclarée propriétaire de ces terres et elle les cède aujourd'hui aux conditions les plus douces à ceux qui veulent venir s'y établir. Seulement elle a eu le bon esprit de renoncer au système des concessions gratuites, et de le remplacer par la vente pure et simple à prix réduit. En Algérie, la concession gratuite est précédée de formalités interminables et elle est accompagnée de restrictions et de conditions qui découragent le colon ; ici, un prix d'achat de 15 francs par hectare, droit d'enregistrement compris, met l'acquéreur en possession immédiate et complète du terrain qu'il a choisi et dont il peut faire ensuite ce que bon lui semble. Je ne saurais trop féliciter le gouvernement de l'heureuse décision qu'il a prise là, car j'ai pu apprécier dans un sens et dans l'autre, en Amérique et en Algérie, l'importance capitale de cette question .

Toutefois, si je bats des mains quand je vois l'administration ne pas s'ingérer dans les entreprises particulières et laisser le champ libre à l'initiative

individuelle, il me semble qu'elle a peut-être exagéré ses principes de non-intervention et qu'elle aurait dû et devrait encore apporter son concours indirect au développement de Tagriculture en prenant les mesures suivantes :

1° En faisant à ses propres frais quelques essais pour savoir quelle est la culture riche qu'il faut évidemment introduire en Cochinchine, si Ton veut en faire une colonie importante. Cette culture riche pourrait être, je crois, celle de la soie, qui paraît devoir réussir et qui, si elle prenait de grands développements, serait certes une véritable fortune pour le pays. En outre de la soie, il y a le tabac, il y a surtout les plantations de cocotiers, que Ton m'a signalées comme devant rapporter de grands bénéfices, mais qui malheureusement ne commencent à produire que six ou sept ans après la mise en terre. *

Je voudrais que le gouvernement de la Gochin- • chine fît faire des essais concluants et les livrât à la publicité; ce serait rendre grand service à la colonisation ;

2° En instituant des commissaires agricoles qui, après avoir formé leurs convictions en a^ssistant aux expériences dont je viens de parler, parcourraient nos provinces et encourag^eraient les Annamites, soit par leurs conseils, soit par des distribu-

tions gratuites de graines, à se mettre aux cultures que nous aurions reconnues comme les plus avantageuses.

3^ En hâtant autant que possible le développement de la population de la Cochinchine, qui, on le sait, pourrait facilement contenir deux fois plus d'habitants qu'elle n'en a. Pour atteindre ce but il faudrait que l'administration répandît dans le monde, par une publicité bien entendue, des renseignements détaillés suï* les ressources de notre nouvelle possession; et comme dans ces pays-ci, les Européens ne peuvent. pas travailler eux-mêmes la terre et qu'ils doivent se vouer plutôt au commerce et aux avances de fonds à l'agriculture sous forme de métayage ou de compagnies agricoles , il faudrait faire surtout appel à cette race de travailleurs par excellence que la Chine nous offre si près de nous. Enfin iî faudrait diminuer la grande mortalité qu'il y a parmi les Annamites, et cela par un moyen si simple que je suis presque honteux d'avoir à le signaler, par la formation immédiate d'un comité de vaccination ; car, si les femmes annamites sont renommées pour leur fécondité, elles voient malheureusement la variole leur enlever le tiers de leurs enfants dès leur première année et un second tiers avant l'âge de vingt et un. ans.

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