I. — HONG-KONG
Hong-Kong se distingue tout d'abord des autres places commerciales des mers de Chine en ce
qu'elle n'est ni territoire chinois, ni située sur le continent ; c'est une colonie anglaise et une petite lie improductive, qui ne peut prospérer que comme lieu de transit et d'entrepôt. Les Anglais ont parfaitement compris la manière dont il fallait en tirer parti : ils en ont fait un port franc, où marchandises et produits entrent et sortent sans avoir de compte à rendre à personne. C'est là même, soit dit en passant, un grand inconvénient pour celui qui veut étudier 'le mouvement d'affaires de cette place et qui ne trouve, pour se guider, ni rapports de douane, ni documents publics d'aucune espèce.
Ce port franc reçoit de l'Europe, de l'Inde, de Batavia, de Manille, de Saigon, toutes sortes de produits qu'il répartit entre les diverses succursales qu'ont plusieurs des grandes maisons dans les ports de la côte, ou qu'il vend à des acheteurs chinois qui se chargent à leur tour de les répandre dans leur pays, soit d'une façon régulière en passant par les douanes du Céleste Empire, soit d'une manière plus lucrative en employant quelquefois la contrebande.
On peut estimer les principaux articles d'importation qui passent par les mains des maisons de Hong-Kong, à :
160 millions de francs d'opium;
40 millions de cotonnades, représentés par 50 millions de mètres;
hO millions de cotons bruts;
25 millions de riz.
Quanta l'exportation, elle est nulle de la colonie elle-même et elle se réduit à des réexportations de Canton et dp quelques petits ports de la côte.
Ces chiffres, ceux surtout qui ont rapport aux produits manufacturés, ne justifient pas, à première vue, la grande renommée de la colonie anglaise, et son importance consiste, en effet, moins 'dans la valeur de ses affaires directes que dans l'influence qu'elle exerce autour d'elle. Ce qui met Hong-Kong si haut, c'est son beau port, placé * exactement sur la route des navires qui, de l'Europe ou des Indes, se rendent sur n'importe quel point de la Chine et du Japon; c'est son heureuse situation, qui en a fait naturellement la tête de ligne de tous les services postaux; c'est enfin son avantage d'être sous l'égide libérale de l'Angleterre. Tous ces privilèges ont eu pour résultat d'y attirer les agences principales des banques et les chefs de presque toutes les maisons de commerce qui , recevant ici de première main lés nouvelles d'Europe et des Indes, transmettent alors leurs instructions aux différents correspondants qu'ils ont sur la côte.
Mais celte position particulière, qui fait en quelque sorte de Hong-Kong le chef de file des autre* ports de la Gliine, a ses inconvénients aussi. Quand les affaires d'une place se traduisent par un mouvement régulier de marchandises ou de produits» l'occupation matérielle qui en résulte toujours plus ou moins pour le négociant sert de frein à son activité; à Hong-Kong, au contraire, comme il ne s'agit en beaucoup d'occasions que de donner des ordres à ses correspondants, on se laisse souvent entraîner par le peu de peine que cela coûte et on est très-enclin à dépasser les bornes de la prudence.
On peut aussi se demander si l'un des grands éléments de la prospérité de Hong-Kong, la rapidité de ses communications, ne recevra pas bientôt quelque échec par l'établissement, non encore décidé, mais certain tôt ou tard, d'une ligne télégraphique reliant l'Europe avec tous les ports de la Chine.