‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 17 sur 168 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

gie: dans leur esprit la femme n'est rien, Tenfant, le fils est toul! L'immense majorité des femmes arabes ne sait, du reste, ni lire ni écrire, c'est à peine si elles savent coudre; mais Achmet me dit qu'elles sont presque toutes jolies, douces et aimantes. '

J'ai un drogman très-agréable, il cause beaucoup et bien. Il m'a raconté, aujourd'hui, que sa famille descendait du kalife Osman, et qu'il auraU le droit de porter le turban vert, mais qu'il ne le ferait pas tant que sa position de fortune l'obligerait à servir des Européens, ce qui, parmi ses coreligionnaires, est considéré comme le dernier des pis-aller.

Tout en causant, le temps passe et nous avançons... fort heureusement, car notre chemin est bien aride. Nous arrivons, vers quatre heures du soir, au pied de la haute colline que couronnent les ruines de Banias, et nous y montons, Achmet et moi, laissant nos gens aller préparer notre campement. Le château de Banias commandait la route suivie par les caravanes; il était fortement retranché, et la vue que Ton découvre du haut de ses murailles est fort belle; je ne saurais, du reste, faire mieux que de le comparer à Tun de nos vieux châteaux des Vosges.

Ma visite n'a pu être que sommaire et s'est termi-

née brusquement par une aventure dont le souvenir m'égayera longtemps et restera surtout profondément gravé dans la mémoire d'Achmet. Les deux coups de mon fusil nous avaient servi dans la journée, Tun à tuer une perdrix, l'autre à mettre en fuite un loup; ma provision de cartouches et mon revolver étaient restés dans ma malle et se trouvaient pour le moment à quelque chose comme une lieue de nous; bien qu'Abou-Ibrahim portât mon fusil en

bandoulière, nous n'avions donc, en réalité, pour

notre défense, qu'un grand sabre que j'avais acheté à Damas et que mon drogman avait tenu à pendre à sa ceinture. Arrivé au pied des ruines, j'avais engagé mon compagnon à se reposer et à m'attendre, et, n'emportant avec moi que ma cravache, je sautais de murailles en vieilles murailles, lorsque je m'entendis appeler tout à coup d'un ton de détresse. Je me retournai et je vis Achmet couchant en joue de son fusil désarmé un objet que je n'apercevais pas. — Qu'y a-t-il? m*écriai-je. — Monsieur, monsieur, venez vite, c'est un diable! c'est un diable I — Et je voyais mon fidèle Achmet abaisser et relever son arme innocente comme pour menacer un ennemi très-rapproché. — Rassurez-vous, lui criai-je, il n'y a pas de diables. Et, courant à son secours avec une certaine émotion, je pus voir bientôt un animal inconnu,-plus

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